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 « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós

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MessageSujet: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Dim 25 Jan - 16:32
« La nuit, tous les ivrognes sont gris ... »
L'aube possédait, pour tous les oiseaux de nuit, l'aura menaçante des obligations à venir, dès l'arrivée des premières couleurs d'un jour nouveau. Un mauvais présage aux nuances oranges et rosées, dont seuls les amoureux ou les malheureux étaient les silencieux témoins. Les rues auréolées de la lumière des lampadaires fatiguées et le pavé froid plongé ça et là dans l'ombre récalcitrante de la nuit s'envolant, balayée par les premiers chevaliers du soleil alors que la lune, éternelle amante contrariée, s'en va vers d'autres cieux plus cléments. Il régnait sur Argopolis une tendre langueur encore endormie.

Nexus déambulait ainsi, pas après pas sur le sol en trépas, l'esprit tourbillonnant toujours dans les limbes de l'alcool et des fêtes accumulées, un sourire rêveur déformant ses lèvres d'enfant gâté. Vingt-trois ans et son éclatante jeunesse. Ses cheveux blonds ébouriffés s'offraient en friche à la brise matinale, bien fraîche et agréable, tandis que ses doigts pianotaient dans le vide un air de Bach. Le crépuscule s'annonçait déjà, au dessus des toits de la ville, splendide, magnifique mais timide. A contre-jour sur les premières lueurs qui chassaient les étoiles, la silhouette d'un chat se dessinait parfaitement, assise sur les tuiles d'un toit presque plat. C'est bien connu; la nuit, tous les chats sont gris. Le monde lui appartenait encore, juste encore un peu. Très loin dans sa rêverie enchantée, Nexus bifurqua vers le port, pour traîner le long de l'eau jusqu'à l'autre bout du quartier Grec. Comme les barques de pêcheur, il tanguait un peu, à droite, à gauche, en avant, en arrière. Il était pareil à un radeau abandonné dans la nuit en échappée, la voile détachée de ses haubans et sacrifiée aux caprices du vent absent. Au large là bas, l'astre diurne préparait son entrée colorée et teintait l'eau de nuances dorées.

Les premiers pêcheurs préparaient en silence leurs embarcations de prédilections, rodés à l'action, chargeant les voiles, les filets et les caissons, sans geste déplacé, sans voix trop élevée. Comme du papier à musique, ils allaient, venaient, voguaient. Le long des quais, les cafés ouvraient boutiques, servaient le thé, réchauffaient le lait. Ici, pas de cris, mais beaucoup de vie. Un premier client, attablé près de l'eau, lisait son journal aux premières lueurs de la journée en sirotant son café. Nexus s'approcha, dégringolant à chaque pas, évaporé d'alcool et de l'ivresse de sa jeunesse. « Mille pardons Messire, et bien le bonjour. Auriez-vous, par le plus grand des hasards, du feu pour mon poison ? » Sans beaucoup d'assurance et avec quelques précautions, le jeune franco-grec fouilla dans ses poches pour en sortir un paquet de cigarette. Il en glissa une à sa bouche et tendit, par gentillesse ou politesse, le reste à l'inconnu.

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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Dim 25 Jan - 23:16



Nexus & Okeanós

L’aube possédait, pour toutes les âmes diurnes, ce présage de renaissance sitôt que les abysses de la nuit s’évaporaient. La perspective de chasser les fantômes des cauchemars, d’échapper aux griffes acérées de l’obscurité. L’œil à demi-fermé, les adorateurs du soleil guettaient impatiemment les premières lueurs qui rayonneraient dans leur esprit enténébré. Certains saisissaient cette chance pour une seconde tentative de sommeil, bercés par la chaleur du matin. D’autres fuiraient définitivement leurs draps et le voile opaque qu’ils jetaient sur la réalité. Six heures tapantes, Ōkeanós quitta définitivement cette prison somnambule qui, chaque jour un peu plus, refermait son emprise destructive sur son psyché. Elle était toujours là. Elle hantait sa vision ensommeillée, ses pensées les plus personnelles. Son ombre planait toujours au-dessus de sa silhouette dématérialisée, en quête d’une nouvelle faille dans laquelle se glisser. Il finissait par ne chercher le repos puisque de toute manière elle le lui refusait. Tourner en rond dans l’étroit studio qui surplombait la caserne de pompier, se raillant lui-même de mettre son désarroi sur le compte d’une entité divine qui n’existait que dans l’esprit des vieux fous. Errer comme un lion en cage sans trouver la moindre échappatoire. Telle était la déchéance à laquelle s’était résolu Ōkeanós, autrefois l’homme le plus hédoniste d’Argopolis. Dans un dernier élan de rébellion, il empoigna sa veste de pompier à la teinte criarde et ses clefs avant de claquer la porte de la caserne. La fraicheur du bord de mer agaçait sa peau rosie et ses doigts engourdis par d’anciennes blessures. La brise maritime taquinait ses boucles désordonnées qu’il n’essayait plus de discipliner. Depuis cette fameuse nuit – la fin du monde comme il se plaisait ironiquement à l’appeler – il n’avait plus coupé ses cheveux qui s’étaient fait un plaisir de pousser en s’enroulant les uns aux autres comme un pied de nez à leur maitre droit dans ses bottes. Son choix désespéré se porta sur le port. Ainsi, il aurait l’opportunité de laisser son regard azur plonger dans la mer jusqu’à l’horizon. « Tu portes bien ton nom chéri, tu n’es pas destiné à rester ici. » Lui avait un jour confié sa mère, persuadée que son fils ne résisterait pas à l’appel des frontières inconnues et des péripéties romanesques qu’il pourrait rencontrer ça et là dans le vaste monde. Son union avec l’océan était désormais destinée à ne rester qu’un patronyme symbolique qui lui rappellerait jusqu’à sa mort qu’il avait eu la chance d’éviter cette funeste fatalité. Aujourd’hui, Ōkeanós savait qu’il pouvait bien se jeter dans la Méditerranée et nager âme et forces conjugués. Elle finirait toujours par le ramener sur Argopolis, agitant les fils conducteurs de ses doigts manipulateurs.

Le trentenaire savourait un café beaucoup trop chaud, cherchant l’oubli dans les annonces locales. Toujours les aurores boréales gravaient le quotidien des Argopoles, réminiscences quotidiennes dans les colonnes journalistiques. Elles avaient conquis les mémoires. Réprimant le grondement de rage qui s’élevait dans ses entrailles, il fut extirpé de sa méditation vaine par un jeune homme blond qui lui semblait peu atteint par le sort terrifiant qui avait certainement contaminé les siens. Les effluves d’alcool parvinrent à ses narines tandis qu’on lui demandait du feu pour allumer une cigarette qu’il avait déjà coincé au coin de ses lèvres. Ce geste accentuait les lignes dessinées de sa mâchoire, véritable trait de la physionomie grecque. Avec aversion, Ōkeanós fut persuadé qu’il n’aurait pu remarquer ce détail par lui-même... Etait-il si aviné pour ne pas remarquer qu’il était pompier ? Peut-être avait-il autre chose à faire que de satisfaire les volontés d’un gamin désinvolte. Cependant, l’homme aéra profondément ses poumons dans l’espoir de regagner l’affabilité qui l’avait caractérisé, il n’avait pas si longtemps. « Désolé, le feu, Messire l’éteint. » Souligna-t-il sur un ton semi-moqueur, semi-orgueilleux. Il n’avait jamais fumé une taffe de sa vie, bien trop préoccupé par sa santé physique. Et alors qu’il aurait pu se contenter de cette remarque subtilement moralisatrice, il songea soudainement qu’il était tout à fait en mesure de lui fournir du feu et ce sans aucun autre instrument que son esprit. Cette vérité lui fit froid dans le dos, c’est pourquoi il s’empressa aussitôt d’écarter l’inconnu de son chemin. « Tu ferais mieux d’aller récupérer tes heures de sommeil. Tu es aussi frais que le poisson pêché hier. » Il but une autre gorgée de son café et il ne saurait expliquer si c’était la boisson, mais son échine fut brutalement parcourue d’un frisson brûlant.




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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Mar 27 Jan - 19:31
« La nuit, tous les ivrognes sont gris ... »
L'inconnu sembla un instant contrarié, l'orage passant dans ses yeux couleur du large, éclairs d'agacement bientôt balayés d'une pluie de météorites résignées. L'ombre d'un sourire moqueur gagna ses lèvres pulpeuses, ombragées d'un début de barbe noire. Il était ... fort beau, constata l'angelot blond, du fond de son ivresse. Un peu prétentieux, mais délicieux pour les yeux des connaisseurs. Une mâchoire qui n'était pas sans rappeler celle de ses œuvres en pierre blanche, droite, carrée et solide, un nez droit et aquilin, délicatement proportionné pour la force des traits de ce visage un peu buriné par le soleil. Loin dans les méandres de sa joie alcoolisée, Nexus nota les mains de son interlocuteur, puissantes, fortes. Le beau bronzage tranchait avec la blancheur parfaite de la petite tasse contenant la caféine noire ardente. De l'encre de chine pareille à celle qui teintait les boucles rebelles parcourues de reflets luisants de l'homme moqueur.  Aurait-il été blond qu'il aurait pu s'appeler Apollon, avec cette morphologie presque parfaite. La voix, caverneuse et un brin ironique, rappela l'oiseau de nuit au présent et il fallut un moment pour que les mots pénètrent dans son cerveau en lambeaux. « Désolé, le feu, Messire l’éteint. » Nexus fronça les sourcils, dans vain mais louable effort de compréhension qui ne servit qu'à faire naître le début d'une migraine, présage des joies de l'alcool qui repartaient avec la marée, tel l'Océan imperturbable qui rythmait ses nuits et ses jours.

Mais déjà, l'homme s'échinait à discutailler avec lui « Tu ferais mieux d’aller récupérer tes heures de sommeil. Tu es aussi frais que le poisson pêché hier. » Nexus se redressa, la clope sans feu toujours au coin des lèvres qui s'étirèrent en une moue vexée. Le petit blondinet à la bouille d'enfant gâté croisa les bras, pose caricaturale pour exprimer son courroux, sa désapprobation. Il n'était certes pas très frais mais en aucun cas il n'accepterait d'être comparé de la poiscaille pourrie. « Vous n'êtes guère amical, au crépuscule de la nuit, Messire. Je ne vous ait point insulté, vous n'aviez nul besoin de me déclarer la guerre ! Adieu, Messire, et que les muses ne vous soient guère favorable. » Tel un aristocrate des siècles derniers, Nexus tourna les talons et leva le menton avant de s'éloigner d'un pas qui se voulait assuré. Mais l'océan de ses ivresses nocturnes s'agitait de plus en plus, réveillé par la tempête latente de la réalité. Il bougeait en tanguant comme les fiers épaves naufragées gisant au fond des abysses. L’insouciante innocence de ses frasques nocturnes venaient d'être balayées sans pitié par la pique acerbe de l'âme désagréable lui ayant refusé du feu et il s'éveillait désormais à la dure vérité du jour. Un pied après l'autre, en valsant comme une bouteille à la mer, il progressait le long du quai en ruminant l'insulte, poisson pourri. Comme s'il n'était que le vulgaire capitaine crochet de ce Peter Pan pompeux, avec ses grands airs et sa belle arrogance.

Une vague de trop, un pied dans l'eau. Il avait tangué un peu trop fort et le navire avait dessalé, abandonné. Nexus regarda la surface s'éloigner lentement et il se souvint de ce film français qu'il avait vu il y a longtemps, Le Grand Bleu. Une belle histoire d'amour entre un homme et l'Océan, tragique, cruelle, sans pitié mais poétique. Longtemps, il avait tenté de retranscrire les émotions qu'il avait ressenti grâce à ce film, sans succès. En peinture, en dessin, en sculpture ... Rien n'était venu et il s'était acharné, des années durant. Aujourd'hui encore, parfois ... Il essayait encore. L'Océan, une muse impitoyable qui l'avalait aujourd'hui comme tant d'autres avant lui.



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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Mer 28 Jan - 20:07



Nexus & Okeanós

Argopolis était l’éternel témoin des générations qui se succédaient entre ses murs blancs. Elle avait accueilli les immigrants, rendu fiers ses ancêtres. Elle avait pris soin des enfants et avait permis aux âmes adultes de s’épanouir auprès de cette côte paisible. Argopolis ne jugeait jamais les pas qui foulaient ses sols pavés, elle acceptait le bon comme l’ignorant. L’utopiste comme le résigné, l’artiste comme le cartésien. Elle était sur toutes les lèvres, déliait chaque langue. Et depuis ces trois derniers mois, elle assistait impuissante à la chute mortelle de ses protégés. Certains, comme Ōkeanós, avaient violemment atterri, voyant se briser en mille morceaux les fondations sur lesquels reposait leur équilibre psychique. D’autres semblaient n’être atteint par rien, ne jamais rien subir. L’inconnu fumeur et enfumé aurait très bien pu illustrer cette catégorie. La jeunesse, dorée ou négligée, qui se barricadait contre l’avenir, celle qui acceptait chaque aube comme une autre opportunité de brûler la vie à deux bouts. Qu’elle était l’intérêt d’user avec désinvolture une vie qui était déjà trop courte ? L’homme s’était retenu de faire voler cette cigarette hors des lèvres pulpeuses de l’insolent. Il ne relevait pas son éloquence légèrement désuète à mi-chemin entre la moquerie et le respect. Ōkeanós n’aimait pas douter et cet affriolant aliéné balayait ses certitudes d’un revers de main. Les siennes étaient délicates, épargnées d’un labeur épuisant. Il n’œuvrait pas pour son avenir, il le volait à chaque matin pour l’épuiser jusqu’au bout de la nuit. Chanceux eut-il envie de dire, ingrat lui fit-elle remarquer. Alors le trentenaire le congédia poliment en lui conseillant d’aller se coucher. Qu’il ne cesse de lui reprocher son échec tandis qu’à l’intérieur de lui bouillonnait une silhouette pourpre, prête à se jeter sur l’innocent. Tandis que l’insulté se redressait de toute sa hauteur sculpturale, adoptant la posture tragique des statues, Ōkeanós leva vers lui des yeux bleus désolés. Ses doigts tremblotèrent nerveusement contre l’anse de la petite tasse de café, à la recherche d’une étreinte inexistante. Il avait toujours l’impression de perdre le contrôle, lui qui avait été en pleine possession de ses moyens durant près de trente années. Il décidait de quoi, quand, comment jusqu’à ce que l’insidieuse manipulatrice ne s’empare de sa volonté et de ses décisions. Une fois de plus, elle avait choisi. Quand l’inconnu souligna son manque d’amabilité, l’homme laissa échapper un rictus ironique. « Je n’ai pas déclaré de guerre. » Se contenta-il de répondre pour ensuite regarder la seule âme qu’il avait rencontrée en cette matinée s’éloigner près du rivage. Il ne mentait pas. S’il créait les conflits, c’était indépendamment de sa raison. Haussant les épaules, il se replongea dans son café, liquide noir et fumant, parfaite représentation de son âme craquelée et partagée.

Ōkeanós se sentit happé par son uniformité, sa franche couleur abyssale. Le noir ne permettait aucune concession, aucune teinte édulcorée. Elle enveloppait de son épaisse robe opaque et plus jamais ne laissait-elle intact. Tâché à jamais, voilà le constat amer qu’il faisait et refaisait quand il dégustait son café du matin. Il crut même s’être définitivement noyé quand un bruit de plongeon retentit à ses oreilles. Alerte, il sortit de sa contemplation pour noter aussitôt la disparition du marginal insouciant. En tant que pompier, le calcul ne fut ni difficile, ni surprenant. Le pauvre été tombé dans le port, déstabilisé par les ultimes effluves persistants de l’alcool. « Merde. » Jura-t-il tout haut tout en délaissant sa veste de pompier qui ne ferait que l’alourdir. Sans hésiter, sans réfléchir, il courut jusqu’à l’accotement pour finalement plonger dans l’eau encore sombre. Une fumée éphémère s’était formée à son contact avec l’eau, s’évaporant finalement dans l’air. Agilement, il nagea un peu plus profondément, pas sûr de vouloir remonter à la surface. Alors il aperçut une silhouette épaisse et s’en empara brutalement, réveillant certainement l’inconscient de ses songes troubles. Ses jambes puissantes combattirent la pression de l’eau pour s’émerger de là. La froideur de la mer taquinait son épiderme. Il se sentait si vivant et crut mourir quand il remonta à la surface. Emprisonnant le torse du jeune homme pour qu’il ne lui échappe pas – ou n’ait pas la mauvaise idée de se débattre, il prit appui sur les pierres de son pied et prit une impulsion pour pouvoir retrouver la terre ferme. Ōkeanós le hissa à sa suite, sur le dos. Son tee-shirt collait à sa peau, lui donnait un dernier répit. Essoufflé, il donna de légères gifles à la statue inondée. « Tu vas pas me clamser dans les mains, gamin. » Penché au-dessus de lui, des gouttes perlaient de ses boucles. Quand il put enfin retrouver les iris clairs et stupides de la victime, il manqua de le gifler à nouveau pour son imprudence tandis que son souffle fut brutalement frappé du spectacle qui lui était offert, digne d’un tableau antique.




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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Sam 31 Jan - 11:58
« La nuit, tous les ivrognes sont gris ... »
Les lames glaciales de l'Océan de janvier s'enfonçait dans son épiderme comme de véritables armes blanches, pointues, acérées, mortelles. Elles s'engouffraient même jusque dans ses poumons, telle une goulée de clous rouillées que l'on aurait forcé dans son gosier. Au dessus de lui, s'éloignant comme dans un rêve, les nuances délicates du matin, troublées dans les vagues dansantes, chatoyaient délicatement. Comme une valse sans fin, un trait d'orangée noyé dans un éclat de rosé, le tout teinté de bleu mariné. Il était léger et pourtant si lourd, irrémédiablement attiré vers le fond du port d'Argopolis, comme ces épaves éventrées gisant au fond des abysses. Peut-être était-il temps pour lui. Il avait usé ses nuits dans l'alcool et les corps enchevêtrés, dans les drogues et les conversations trop lettrées ... L'univers avait certainement décidé qu'il était temps que sa vie s'achève, capturée par l'Océan dénué de rêve.

Mais soudain, son plafond liquide fut crevé par une forme massive qui fonçait droit sur lui. Léthargique et déjà à bout de souffle, les poumons noyés, Nexus l'observa sans le voir. Il y avait quelque chose de familier, pourtant, dans cette silhouette sombre qui lui cachait les couleurs du matin. Brutalement, alors qu'il s'enfonçait doucement dans l'eau glacée, deux mains l'arrachèrent à sa lente agonie pour le tirer vers le haut. Déjà, il regagnait le petit matin. Las, fatigué, Nexus ferma les yeux, s'abandonnant tout entier à cette force brute qui tentait de le substituer à une mort certaine. Une brûlure atroce attaqua son visage lorsqu'il perça à son tour le dôme chatoyant de la surface de l'eau, l'air ambiant semblant vouloir le punir de lui avoir préféré l'eau. Indolent, il se laissa traîner jusqu'au quai, sentant dans son dos la pierre fraîche lui mordre les omoplates tandis qu'une pluie de tapes tombaient sur ses joues écorchées par la choc de température. Une voix sourde, menaçante et farouche résonna loin dans ses oreilles « Tu vas pas me clamser dans les mains, gamin. » L'intonation ne lui était point inconnue, il avait la sensation de connaître l'homme qui s'acharnait ainsi sur lui.

Une nouvelle gifle, plus sèche que les précédentes, plus vive, le ramena soudain à la réalité et il ouvrit les yeux. Aussitôt, il replongea tout entier dans un nouvel océan, bien différent cette fois. Deux prunelles couleur grand large, profondes et illuminées d'une colère orageuse. Le temps se figea jusqu'à ce que Nexus tente de respirer, recrachant alors toute l'eau accumulée dans ses poumons. Prit de soubresauts salés, il se tourna sur le côté pour évacuer le liquide qui parasitait ses voies respiratoires, y laissant de plus une bonne partie de ses tripes. Le sel lui écorchait la gorge et lui piquait le nez, lui arrachant bien malgré lui des larmes de douleur. La crise passée, il se redressa tant bien que mal pour s'asseoir sur le quai détrempé, observant d'un air perplexe son bon samaritain. Il l'avait reconnu à la couleur de ses yeux, le pompier qui avait refusé de lui donner du feu pour sa clope. Il hésita un instant avant de murmurer d'un ton reconnaissant « Merci. » Il tenta de se relever mais il était encore un peu trop faible pour ça. Restant alors assis, il se frotta le visage de ses mains, parfaitement dégrisé par son bain aussi matinal qu'hivernal.

Ce n'est qu'à ce moment là qu'il prit conscience du froid. Une enveloppe glacée qui s'insinuait jusqu'à travers ses fringues détrempées, cherchant les os. Il ne lui fallut pas longtemps pour qu'il se mette à claquer des dents et cette attitude lui arracha un énorme juron bien français. Motivé par la peur de finir congelé, il se releva cette fois assez vite et se mit à trépigner sur place pour se réchauffer. Observant le pompier, il reprit cette fois avec un peu plus d'assurance « Je n'habite plus très loin maintenant. Venez donc prendre une douche ou au moins, vous réchauffer. C'est le moins que je puisse faire ... » Il tenta un sourire, malgré le froid, ses dents serrées pour empêcher le claquement.


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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Sam 31 Jan - 22:49



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Quelle fatalité. Ōkeanós trouvait son havre de paix dans les eaux glacées d’Argopolis. Sentir ses membres engourdis, son esprit être noyé dans les sombres vagues... Telles étaient les sensations mordantes, dangereuses pour l’organisme et pourtant si salvateur pour son âme torturée. L’enflammé s’éteignait seulement quand il se sentait sombrer à la manière du Titanic insubmersible. Ses ardeurs meurtrières n’étaient jugulées que par l’eau. Eris n’était tue que lorsque son audition était assourdie, que lorsque son regard était aveuglé. Se crever les yeux et ainsi délaisser la silhouette dansante qui le guidait jusqu’à des vices qui lui furent inconnues jusqu’ici. Ce matin-là, il avait sauvé la vie d’un inconnu sans que l’instinct ne lui dicte de l’étrangler par la suite. Ce matin-là, il avait fait renaitre le souffle et rebattre le cœur. Il ne grelottait pas. Peu à peu, les flammes de sa geôlière léchaient de nouveau sa peau, enveloppant son corps d’une température élevée. Ōkeanós abandonna toute pensée confuse, refusant de réfléchir à la meilleure chose à faire. Le gifla-t-il, peut-être avec trop d’entrain, afin de le réveiller. Et lorsque le visage de l’imprudent s’anima de nouveau, il se raccrocha en vain à ses prunelles. Il ne quitta pas ses pupilles, les dévorant à sa manière. Il se noya dans la lumière de son regard pour ne pas être entrainé de nouveau vers le mal. Il s’agrippa mentalement au soleil matinal que son visage perlé de gouttes d’eau reflétait. Au fond, c’était ce fumeur, cet indécent ivrogne qui venait de le sauver. Il l’avait sorti de sa torpeur dantesque dans laquelle la nuit le plongeait à chaque crépuscule, se rassasiant à sa guise de son esprit jusqu’à l’aube. En faisant une bonne action, Ōkeanós avait dérobé quelques heures de répit. A cet instant, il refusait que la victime n’échappe à son emprise. Des heures durant, le pompier aurait pu le clouer contre la pierre d’Argopolis avec sa carrure impressionnante tant qu’il continuait d’attiser son attention et sa curiosité. Cependant, celui-ci se redressa après avoir craché poumons, poussant Ōkeanós à se reculer malgré lui. Il resta à genoux auprès de lui, aux aguets, craignant une rechute ou une inconscience post-trauma. Il aurait du l’emmener à l’hôpital, vérifier son état de santé avant de le laisser repartir. Mais spontanément, il voulait qu’ils ne restent que tous les deux, face-à-face. Que l’univers entier ne les oublie, pour peu qu’il puisse jouir d’un instant de sérénité. Le remerciement s’évanouit aussitôt prononcé, le trentenaire refusant de s’accorder quelque mérite.

Ōkeanós, immobile, attendit le châtiment personnifié par le départ de l’impudent. Sans doute celui-ci n’apprécierait pas la leçon de morale que venait de lui donner le pompier en lui conseillant d’aller décuver avant qu’il ne finisse par trébucher dans le port pourtant protégé du rivage. Quand l’inconnu se releva, le pompier retrouva toute sa hauteur également, se tenant droit et fier comme il l’avait toujours été. Désormais, ce n’était plus qu’un jeu d’apparences alors qu’il était accablé de jour en jour. La température hivernale ne réapparut à sa réalité qu’en remarquant le blond sautiller sur place dans l’espoir de se réchauffer. Ōkeanós laissa se dessiner un sourire goguenard, dans les sphères de la moquerie avant d’aller récupérer sa veste de pompier restée sur la chaise à sa table. Il revint rapidement au jeune homme avant de laisser tomber le lourd vêtement sur ses épaules. Nul doute que d’ici une poignée de minutes, il se sentirait libéré de cet étau glacial. Puis une proposition inattendue. Pourquoi une hésitation ? Pourquoi un tel déséquilibre dans ses volontés ? Il devrait rejeter la suggestion, retrouver son antre rassurant au sein d’une caserne encore déserte. « Vous me devez aussi un café bien chaud et un journal daté de ce matin. » Sa langue n’avait pas hésité elle, formulant simplement ce que son intuition primitive lui avait soufflé. Sans attendre, le pas de Ōkeanós s’engagea vers une marche active et pressée. Ses doigts lui brûlaient, deux moitiés de son esprit se livraient bataille. Et pour l’heure, il les oubliait, absorbé par son imagination qui dessinait les plans furtifs et incertains de la demeure de l’artiste fou. « Je peux enfin mettre un nom sur cette inconscience ? Je pensais que tous les grecs avaient le pied marin. »





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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Dim 1 Fév - 12:43



Nexus & Okeanós



Un instant, Nexus cru que l'inconnu s'en était allé sans autre parole, simplement sur un sourire moqueur. Mais déjà, l'homme de feu revenait. Le poids d'une étoffe un peu rigide tomba sur ses épaules glacées et il baissa les yeux, surpris. Le manteau de pompier lui descendait presque jusqu'aux genoux, tant son sauveur était grand et étoffé. Il flottait dedans comme un enfant dans la veste de son papa. L'image lui arracha un sourire et aussitôt, il se remit à claquer des dents. Le Messire de ses délires alcoolisés sembla s'en rendre compte car il répondit d'un ton égal « Vous me devez aussi un café bien chaud et un journal daté de ce matin. » Nexus hocha la tête en s'efforçant de ne pas sourire, ne voulant pas se casser des dents à force de claquer trop fort. C'était de bonne guerre, il avait tiré l'inconnu de son petit déjeuner matinal, il le lui rendrait donc. Il lui fallut bien une minute pour réaliser que déjà, son interlocuteur s'éloignait en direction de la fin du port. Prit de court, Nexus tenta de le rejoindre pour lui emboîter le pas. La voix grave et rauque résonna à nouveau, un rien ironique « Je peux enfin mettre un nom sur cette inconscience ? Je pensais que tous les grecs avaient le pied marin. » Nexus afficha une moue un peu boudeuse, un peu vexée. Il détestait qu'on le critique et encore moins sur une de ses nationalités, dont il était particulièrement fier. En haussant difficilement les épaules, il donna la réplique au pompier d'un ton un peu acerbe « J'ai le pied marin, juste pas quand je suis profondément alcoolisé, comme c'est bien souvent le cas au sortir de la nuit ... »

Motivé par le froid qui menaçait de le paralyser sur place, Nexus avançait vite et tenait bien le rythme des longues jambes de l'inconnu. Il le guida donc à travers un dédale de petites rues qui grimpaient en pente douce jusque dans une impasse, face à une jolie porte de bois peinte en rouge intense, profond, un peu sombre. Ici et là, des signes d'usure démontraient que malgré le soin apporté au panneau de bois, il accusait le passage des ans. Nexus fouilla tant bien que mal dans les poches de son pantalon trempé pour en tirer un jeu de clef. Son autre main extirpa un smartphone dernier modèle qui dégoulina le seuil. « Merde. Il était quasiment neuf, celui là ... » jura-t-il en contemplant son téléphone noyé. C'était le troisième qui s'offrait en l'intervalle de six mois. Le premier n'avait pas survécu à la chute depuis son balcon, au deuxième étage et le second avait mystérieusement disparu après une soirée trop arrosée au Cabaret Aphrodite. La petite merveille technologique n'avait pas du être perdue pour tout le monde ... Résigné, il poussa un soupire agacé et glissa la clef dans la serrure, forçant un peu pour parvenir à ouvrir. Dans un murmure, il expliqua « Le rez-de-chaussé de m'appartient pas, la vieille qui y vit n'aime pas beaucoup mes retours de nuit ... Donc chut, pas trop de bruit. » Il poussa la porte, qui grinça un peu sur ses gongs, et fit signe au pompier d'entrer. Un étroit corridor sombre dévoilait une porte peinte en bois vert, vernie et très propre. Nexus posa un doigt sur ses lèvres, indiquant ainsi que c'était là que vivait sa voisine. Il referma le panneau de bois le plus délicatement possible et s'engouffra dans l'escalier. Les tomettes rouges intenses, usées et irrégulières, rendaient l’exercice assez sportif mais après deux volées, Nexus secoua son jeu de clef et déverrouilla une autre porte, plantée là au beau milieu des marches. D'un gris souris aux reflets de bruyère pâle, ce panneau de bois semblait flambant neuf. Nexus le poussa doucement et laissa passer le pompier en se collant au mur, avant de le suivre. Les marches continuaient après la porte jusqu'à émerger directement dans la pièce à vivre.

Une belle et ancienne table en bois d'olivier occupait une grande partie de la pièce, en diagonale devant l'angle qui recevait la cuisine, en bois clair elle aussi. Des meubles propres et modernes, avec une plaque de cuisson en céramique, fine et lisse, un frigo américain massif mais élégant, une hotte de la même couleur, assortie à l'évier et des ustensiles ça et là, chromés eux aussi. A droite de la cuisine, un autre escalier, en colimaçon et en métal chromé cette fois, donnait accès à l'étage suivant.
Dans un autre angle, trônait un home cinéma complet, avec un grand écran plat posé sur un meuble fait du même bois que ceux de la cuisine, des tours de chaque côté, de petites enceintes fixées au mur au dessus des étagères supportant les DVD et jeux vidéos ... Juste à côté, un autre meuble, visiblement plus ancien, plus sombre, supportait une vieille platine pour vinyles. Il y avait de nombreuses pochettes colorées, rangées soit dans le meuble directement, soit tout autour, entassées par piles ou posées les unes contre les autres. Un énorme canapé d'angle faisait face au coin télévision, d'une couleur un peu étrange entre le taupe et le chocolat. Des tâches de peinture s'étalaient sur le tissu, ça et là. Rouge, vert, bleu, jaune soleil ... Un chat noir était lové dessus, sur un coussin abîmé.
Le reste de la pièce était particulièrement dépourvu, vide, épuré. Un parquet en bois de chêne, neutre mais clair, permettait à la lumière du jour naissant d'éclaircir l'endroit, de se refléter sur les murs blancs et nus, à l'exception d'une immense toile suspendue au dessus de l'arrivée de l'escalier. Un tableau sur lequel les premières lueurs de la journée, passant à travers deux grandes fenêtres à l'ancienne, venaient taper. Abstraite, teintée de nuance monochromes pour la plupart, la peinture affichait ça et là des gerbes de rouges évoquant sans difficulté le sang. L'impression dégagée était étrange, un mélange d'horreur et de fascination, une certaine tristesse aussi. Ce n'étaient que des formes et des traits, un magma de peinture en relief mais qui suscitaient chez le spectateur une multitude d'émotion.

Nexus s'avança pour caresser son chat mais l'animal n'approuva pas la caresse mouillée et s'échappa pour se retrancher sur le rebord de la fenêtre, sur la planche en bois d'olivier qui laissait la place à deux personnes pour s'asseoir. Amusé, Nexus le suivit des yeux avant de se tourner vers le pompier en disant « Bienvenue chez moi. Je m'appelle Nexus, au fait et malgré les circonstances peu avantageuses pour moi, je suis enchanté de faire votre connaissance. » Il parlait doucement pour ne pas réveiller sa voisine du dessous.




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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Jeu 5 Fév - 18:38



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Que lui prenait-il ? Alors qu’il venait de le sauver d’une mort par noyade, Ōkeanós était-il si pressé d’infliger la mort au pauvre jeune homme ? Le loup allait entrer dans la bergerie. Il ignorait encore les raisons de cet intérêt instinctif envers l’inconnu mais il se doutait que l’empoisonnée Eris y jouait un rôle. Elle intervenait dans toutes ses relations désormais, le poussant à les détruire pour la plupart. Il avait déjà pu comprendre qu’elle éloignait toutes les femmes de sa vie, qu’elle rayait des noms importants à son équilibre. Quoi de mieux qu’une poupée de chiffon déstabilisée ? Elle pourrait ainsi coudre ses fils de ses doigts agiles et le manier à sa guise. Elle était en train de raser l’environnement sur lequel il s’était construit sa personnalité si équilibrée. Elle faisait du pilier une colonne fissurée qui ne saurait plus soutenir le poids lourd de la structure de sa vie. Elle l’enterrait sous les décombres du fourvoiement et de la perte, attisant la frénésie de la colère et de la vengeance. Ainsi il n’était pas rassuré quand il se sentit hâtif à l’idée d’en apprendre plus sur le beau blond. Il s’étranglait de culpabilité quand il trouvait ses yeux bleus en train de détailler l’ossature révélée par ses vêtements trempés. Que complotes-tu avait-il envie de hurler avant de fuir mais pour l’heure c’était seulement la curiosité qui le guidait, suivi de près par l’inconnu. La réponse qui lui fournit se dévoila à la fois surprenante et banale. Tous les badauds de son âge portaient le même goût invétéré pour la boisson et l’insouciance qui en résultait. Lui-même à son âge – qu’il estimait à environ cinq années du sien – n’avait pas résisté pas aux longues nuits d’insomnie, porté la légèreté et la désinvolture. Puis la maturité s’abbattait progressivement sur eux, jusqu’à ce que ne gisent plus que des restes de bonheur refroidis pas les responsabilités du monde d’adulte. Celui dans lequel il avait failli se noyer, celui dans lequel Ōkeanós aurait voulu brûler. Laissant l’autre à la trouvaille malheureuse d’un cellulaire coulé par l’eau, il divaguait : « Bientôt au sortir de la nuit, tu n’auras plus que la lune pour t’accompagner. » Tôt ou tard, on était forcément confronté à la solitude.

Tous deux parvinrent au détour d’une ruelle typique du paysage grec et méditerranéen avant qu’ils ne s’arrêtent devant une porte au bois usée et au rouge sali qui évoquait le sang des agonisants. Un désagréable pressentiment traversa son échine mais Ōkeanós décida naïvement de l’ignorer. Ce n’était que de folles hallucinations, des égarements brefs de son esprit troublé par l’équilibre rompu. A la mention d’une vieille propriétaire certainement sénile et à moitié sourde, le pompier répondit par un rire ironique. « T’inquiète pas, elles font toutes mine de nous entendre rentrer au petit matin. En fait, elles ont surtout peur de ne rien entendre du tout. » Lui aussi avait eu affaire quelques années auparavant à une voisine peu commode jusqu’à ce qu’il ne réalise qu’elle déclarait entendre et le voir apparaitre là où il n’était pas. En silence, il le suivit à travers le couloir sombre, son attention vagabondant ça et là sur les détails de l’antichambre de son univers. Il n’avait aucun droit sur ces murs et pourtant, Ōkeanós trouva la ressemblance frappante. L’homme passa devant le corps mouillé affublé de sa veste trop grande pour pénétrer dans l’appartement désert. A l’image de son occupant, la pièce était mystique, inspiré de partout et de nulle part. Sans identité concrète bien qu’influencée par des courants diverses. Puis un félin qui, aussitôt qu’il l’aperçut, garda ses distances avec le malotru, le poil hérissé. Ōkeanós songea à son chien adoré qu’il avait du laisser aux bons soins de sa jumelle, l’abandonnant par la même occasion. D’une oreille distraite, il écouta les présentations. Il touchait de son regard le tableau sur lequel semblait s’être concentrée toute la lumière de l’antre. Au milieu de ce rouge sang, dansait une silhouette aux nuances de figue, souriant de tout son sourire maléfique, remuant ses cheveux noirs reptiliens. « Ōkeanós. J’étais destiné à te sauver de la noyade. » Souffla-t-il en référence à son prénom. Il désigna la peinture du pouce, parlant d’une voix haute et presque autoritaire. « C’est toi qui as fait ça ? » Si d’ordinaire il n’était pas sensible à l’art, l’aversion que provoquait cette toile manqua de lui faire utiliser le mot horreur. C’était une horreur, Eris envahissant le tableau de sa gigantesque ombre. Les jambes du pompier l’éloignèrent rapidement tandis qu’il commençait à ressentir l’envie de brûler sous une douche. Le tissu paraissait avoir fusionné avec sa peau, devenant une enveloppe collante et poisseuse. Ainsi, il ne voulut pas s’asseoir et continua de faire les cent pas dans cet appartement dont il dévorait l’atmosphère. « Et t'as une salle de bains où tu te baignes dans le port tous les matins ? » Il se retourna vers lui, un premier sourire franc, aux accents de malice et de sarcasme, au coin de la bouche.






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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Dim 8 Fév - 21:44




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Il y avait effectivement quelque chose d'ironique, dans le prénom de cet étranger grec. Ōkeanós. Un pompier s'appelant Océan et qui sautait à l'aube dans le port repêcher un joyeux alcoolique, il y avait de quoi être sarcastique.
L'univers était plein de ce genre de trait d'humour très particulier que les croyants imputaient à Dieu ou aux différentes divinités inhérentes à leurs religions. Mais Nexus ne croyait en rien, pas même au destin. Il reprenait parfois, comme tout le monde, la bonne vieille expression passe-partout ; le karma, mais uniquement comme une figure littéraire. C'était son dégoût de la religion chrétienne qui avait ouvert la voie vers son athéisme.
Il était plongé dans ses réflexions lorsque la voix dure et tendue de son invité le ramena au présent. « C’est toi qui as fait ça ? » Interloqué, il regarda dans la direction indiquée et esquissa alors un sourire amusé.

La toile désignée ne faisait jamais l'unanimité. Tous ses visiteurs, sans exception, étaient dérangé par cet étrange mélange d'ombres et de rouge, par l'impression morbide et glauque qui en ressortait. L'association étrange du noir, du gris et du pourpre n'étaient pas sans évoquer un champ de bataille, la boucherie, la désolation, les corps agonisants, les gémissements et les lamentations des mourants, les pleurs des survivants ... L'ambiance étaient clairement infernales et si l'on s'y attardait suffisamment longtemps, il était presque possible de sentir les odeurs de mort et putréfaction s'en dégager. Jamais personne ne lui avait dit que sa peinture était belle. Il en était pourtant très fier, malgré l'effet qu'elle provoquait chez les autres. Il ne prit donc pas la peine de répondre, peu disposé à encourager une critique qu'il ne souhaitait point entendre. De toute manière, Ōkeanós s'était remit à faire les cents pas dans le salon, telle l'Océan qui ne tenait pas en place bercé par la lune inspirant ses marées. Perché sur le rebord de la fenêtre, Lady Sif observait l'intrus d'un air outré. Le sourire de Nexus s'accentua lorsqu'il entendit l'homme l'interpeller de la sorte « Et t'as une salle de bains où tu te baignes dans le port tous les matins ? » Du tac au tac presque, il répondit d'un ton sarcastique « Je me baigne dans le port, pourquoi ? Tu as quelque chose contre l'odeur de poisson ? Ah oui c'est vrai, le poisson pêché la veille, c'est pas ton truc ... » Il adressa un regard narquois à son invité avant de se débarrasser de la veste de pompier qu'il avait toujours sur les épaules. Soigneusement, il la disposa sur le dossier d'une des chaises rangées autour de la table en bois d'olivier et fit ensuite signe à Ōkeanós de le suivre.

Ils empruntèrent les escaliers en colimaçon chromés et débouchèrent alors sur la chambre de Nexus.
Immense et lumineuse, elle était faite à l'image de son principal occupant. Un parquet gris nuageux permettait aux murs blancs de récolter et de renvoyer la lumière que diffusait la baie vitrée. Cette dernière occupait tout le pan du mur du fond et donnait sur la mer, avec un bout du port qui émergeait après les toits des maisons de la ville, en pente douce. Une vue imprenable, surtout à cet instant, avec le jour qui se levait enfin. Face à ce spectacle, juste devant l'arrivée de l'escalier et collé au mur blanc, trônait un lit immense et si bas qu'on aurait pu croire que le matelas était posé par terre. La couette en désordre évoquait le grand large, avec son bleu profond et intense, tandis que le drap-housse gris plus sombre rappelait les tempêtes des mauvais jours. En dehors des quelques meubles fait du même bois gris nuageux que le sommier et le parquet, la pièce était remplie de toiles colorées, de croquis estompés, de statues entassées, certaines drapées. Des chevalets empilés contre un mur et des outils de sculptures voisinaient avec des palettes de peinture, des boîtes de crayons, de pastels, de fusains. Un vieux canapé en cuir noir élimé était placé en diagonale face à l'arrivée d'escalier et au lit, orienté ainsi vers un très grand chevalet vide. Un autre fauteuil du genre faisait quant à lui face à la baie vitrée, situé non loin d'une énorme chaîne hi-fi flambant neuve. De l'autre côté de la pièce, une immense bibliothèque constituées de différentes cases de la même taille était remplies de livres en tout genre et ... d'un chat roux qui sembla surpris par cette intrusion dans son espace personnel. Lové dans une case un peu en hauteur, sur un gros livre qui traitait des peintres français, il dardait sur son maître et l'intrus un regard courroucé. Nexus esquissa un sourire amusé et fit signe à son invité de le suivre.

D'un pas assuré, il se dirigea vers la bibliothèque et poussa une porte aussi blanche que le mur, dévoilant la salle de bain. Longue comme un large couloir, elle était elle aussi constituée de nuance de gris et de blanc. Les seules touches de couleur venaient du nécessaire de toilette; tapis de bain, serviettes, gants. Ils étaient tous rouge flamboyant, intense, vif. Au fond, une grande douche à l'italienne était encastrée dans le mur, un peu surélevée. Une double porte coulissante en verre permettait d'y accéder. Sur le côté droit de la pièce, deux vasques incrustées faisaient face à un immense miroir qui occupait tout le pan de mur. Sous les lavabos, les meubles modernes et designs, en contreplaqué plastifié gris, n'auraient pas semblé déplacés dans une cuisine suédoise. Du bordel traînait autour des points d'eaux, savons, flacons de parfum de différentes tailles, différentes marques, différentes formes, des mouchoirs, une brosse à dent, un dentifrice et puis avec ça, des tubes de peinture, des pinceaux, des chiffons sales, des palettes propres. De l'autre côté, une immense baignoire blanche occupait l'autre pan du mur, elle aussi carrelée comme la douche et les bords des vasques.

Nexus s'écarta pour laisser entrer son invité et déclara d'un ton amusé « Fais comme chez toi. Tu trouveras des serviettes dans le meuble sous la première vasque et il y a du shampoing et du gel douche dans la douche, si tu ne veux pas sentir le poisson. Je vais te trouver des fringues en attendant. » Il referma la porte et s'éloigna vers l'arrivée d'escalier, derrière laquelle se trouvait son dressing, directement dans le mur. Il fit coulisser une des portes blanches et contempla son tas de fringue d'un air pensif. Il récupérait toujours des pulls et des t-shirts que ses modèles oubliaient après une séance. Il y aurait bien quelque chose là dedans qui pourrait aller à Ōkeanós.







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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Dim 15 Fév - 19:54



Nexus & Okeanós

Nexus paraissait peu décontenancé de voir un inconnu inspecter ainsi sa demeure. Il était ainsi assis sur son canapé, encore trempé, à regarder Ōkeanós errer, commenter, sonder son univers. Il ne subissait aucune crainte, chassait toute défensive. C’était comme si aucune opinion n’était en mesure de l’ébranler, comme s’il se moquait entièrement de ce que le monde pouvait bien penser de lui. Il s’assumait parfaitement, il suffisait d’un aperçu sur sa stature désinvolte, peu soucieuse de son avenir. Nexus était l’incarnation des jeunes qui vivaient au jour le jour, ne redoutant pas le futur puisqu’ils étaient toujours persuadés de pouvoir façonner leur propre destin. L’artiste, celui qui rêvait nuit et jour, de façons différentes. Face à lui, la représentation parfaite du rationaliste, de l’homme terre-à-terre qui se souciait de tout et de tous. Il avait travaillé des années durant pour symboliser l’altruisme, la générosité, la perfection morale. Et désormais, en un événement, en une nuit, tout avait basculé. Au fond tous ses efforts avaient été vains et c’était d’autant plus outrageant de remarquer que les imprudents étaient ceux qui s’en sortaient le mieux au final. Sans doute ce jeune homme n’était pas assailli par la même malédiction. Sans doute se levait-il tous les matins, en pleine possession de ses idées folles et de ses utopies fantaisistes. Il se couchait certainement toutes les nuits à l’aube, parfaitement conscients des conséquences des actes qu’il choisissait lui-même. Cette idée mortifiante acheva Ōkeanós, maintenant en réel besoin d’une douche bien chaude. Il aurait voulu se jeter dans les flammes si ça avait pu soulager ces vérités glaçantes qui n’avaient cesse d’occuper ses épaules. Le pompier interrogea son hôte sur l’existence d’une salle de bains, probablement bien dissimulée à quelques mètres de sa chambre. Etonnamment, il avait hâte de la visiter. Etrangement, il voulait l’imaginer chaque matin à réarranger ses cheveux blonds, face au miroir. Il voulait l’imaginer sortant d’une douche à la hâte, pressé par un retard. Rien que des scènes anodines qui prenaient des proportions déplacées dans sa tête. Sitôt la porte franchie vers le retour à sa caserne, il ne reverrait certainement plus le fêtard invétéré qu’il avait sauvé de la noyade, anecdote qu’il s’empressa de rappeler.

Ōkeanós suivit en silence Nexus à travers les escaliers qui donnèrent sur la chambre à coucher. Là, un autre félin avait élu domicile sur l’un des meubles, toisant l’intrus d’un œil farouche. L’homme s’attendait à ce qu’il ne déguerpisse au premier geste suspect mais il se contenta de détourner son attention de la boule de poils, découvrant enfin le havre de paix. Si le bleu des draps avait apaisé son regard, le rouge vif de la lingerie de douche berça son esprit torturé. Il aimait de plus en plus cette nuance vive et agressive, dont la déesse raffolait tant. C’était un mélange de dégoût et de fascination qui le frappait sitôt qu’il était face à un crépuscule solaire ou les flammes d’un feu de cheminée. Il ne s’attribuait pas ces émotions variées et persistantes, pourtant il en était la seule et l’unique victime. Les pinceaux délaissés là dans un coin de la pièce donnaient des envies de repeindre les murs blancs, de salir à jamais leur immaculée teinte tout comme la vie qu’on croyait à tort pure et limpide. Tout ça était faux. Les doigts de l’homme se perdirent sur la porcelaine d’une vasque avant que Nexus ne le ramène à la réalité. « Que de serviabilité ! » S’exclama-t-il, en référence à une potentielle odeur de poisson. A vrai dire, il n’était même pas certain que son odeur corporelle mêlé à l’eau du port ne dégageait pas cette subtile odeur marine. « Bon courage. » Ajouta-t-il, bien conscient que Nexus ne le rhabillerait pas avec un de ses propres vêtements. Il fallait dire que la corpulence n’était pas la même – l’état de santé non plus s’entêtait-il à penser avec orgueil. Quand la porte se referma, Ōkeanós éprouva une légère frustration, les sourcils froncés, la mâchoire serrée. Il aimait croire que c’était son manque de pudeur qui le rendait indifférent à toute présence lorsqu’il se dénudait. Mais d’ordinaire, c’était la présence féminine qui l’émoustillait le plus. En silence, il se débarrassa de ses vêtements qui finiraient au lave-linge sitôt rentré chez lui. Heureusement que la caserne en était doté d’une, il n’aurait jamais supporté devoir aller frapper chez sa jumelle, dans son ancien foyer, pour réclamer son aide. Ōkeanós se glissa sous la douche qu’il alluma à une température brûlante. Aussitôt, la salle de bains fut bientôt envahie d’une épaisse vapeur qui embua les miroirs, humidifia les serviettes entreposées. Ses boucles se collèrent de nouveau à son front tandis qu’il laissa la chaleur de l’eau l’emporter vers des divagations fantasques. Plus sa peau était réchauffée, plus il avait l’impression que l’éternelle présence féminine s’évaporait peu à peu. S’appuyant contre la paroi, il esquissa un sourire dans le vide comme s’il n’était pas seul dans cette douche. Ses yeux bleus s’égarèrent un instant vers la porte fermée avant de revenir sur lui. Il était bien mais il était seul. Au bout d’une dizaine de minutes, le pompier s’extirpa finalement. Il se sécha brièvement, voulant préserver cette sensation de tiédeur. Il noua la serviette rouge autour de ses hanches puis rouvrit la porte pour tomber nez à nez avec Nexus qui posait des vêtements sur son lit. Peu gêné, il s’approcha de lui pour lui prendre le pull des mains. « Je vais rentrer dedans, bien joué. » Un battement dans l’espace-temps se produisit durant lequel le geste d’ Ōkeanós s’était figé. Comme une électricité venait de s’être chargée dans la chambre de Nexus et déboussolé, le trentenaire n’avait pas trouvé meilleur moyen que d’attendre que ça ne passe. Tandis qu’il détourna le dos pour aller s’habiller dans la salle de bains, il laissa la porte à demi-ouverte. En revêtant les vêtements que lui avait prêtés Nexus, il remarqua l'absence d'un élément pourtant indispensable. « Je sais pas si chez vous les artistes, les sous-vêtements sont en option mais chez les travailleurs, on aime bien être à l'abri. » Dit-il, passant la tête à travers la porte. Il se permit enfin un véritable sourire, rictus réellement amusé face à l'incongru de la situation chez un personnage dont il ignorait l'existence une heure auparavant. Il sortit finalement de la salle de bain tout en nouant le bouton du jean qui avait une étrange sensation sur ses fesses qu'il plaignait déjà. Encore torse nu, il enfila la tête du pull avant de lancer soudainement de nouveau à l’aise dans l'autorité : « Et ce café, il est prêt ? Tu sais que j’ai des obligations professionnelles. »Pourtant Dieu savait qu’il aurait aimé n’avoir rien cette journée-là. Pourquoi ? Il l’ignorait.







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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Lun 23 Fév - 17:47




Nexus & Okeanós

Nexus écouta un bon moment le bruit régulier de l'eau s'échappant des conduits pour aller s'éclater sur les parois de la douche, ralentie un instant par le corps massif et musclé du pompier. Une seconde, l'image d'un corps d'homme adulte nu et tout ruisselant de goutte d'eau s'imposa à lui, manquant de le faire réagir un peu trop fort. Mais il chassa très vite cette scène de son crâne et rassembla un jean, un t-shirt et un pull pouvant aller au pompier, après avoir un peu hésité sur la taille. Aucune des fringues qu'il proposait ne lui appartenait, elles n'étaient que vestiges d'une présence envolée. Souvent, Nexus se demandait à qui appartenait ce sweat à capuche noir et sans motif, ce pull over bleu marine tricoté à la main ou encore ce pantalon de toile beige un peu slim dans lequel lui-même ne rentrait pas. S'il se souvenait de tous les corps qu'il avait eu entre ses bras, les prénoms lui échappaient parfois, au fil du temps.

Il lui fallut une seconde pour remarquer que le bruit de l'eau s'était arrêté et il se dirigea alors vers le lit, pour y déposer les vêtements. Il avait un peu fouillé mais aucun sous-vêtement en sa possession ne pourrait aller à l'homme qu'il avait invité chez lui, aussi avait-il renoncé à lui en trouver un. Il n'eut même pas le temps de se pencher pour placer les vêtements que déjà, la porte de la salle de bain s'ouvrait dans son dos. La bouche entre-ouverte et les yeux un peu écarquillés, Nexus contempla le corps fantastique qui s'approchait de lui.
Des hommes, il en avait vu plus qu'à son tour, il en avait étreint un bon nombre mais aucun n'avait les formes que possédaient la silhouette massive et ciselée de Ōkeanós. De larges épaules permettaient de rattacher des bras épais, vigoureux et un peu impressionnants, au bout desquelles deux larges mains humides balançaient dans le vide. Ces mêmes mains qui avaient arraché Nexus à l'océan, un peu plus tôt dans la matinée. Le torse, viril et imposant, avait quelque chose de fascinant, ainsi taillé dans le marbre des muscles humains. Chaque relief y était parfaitement à sa place, vallonnant la peau d'ombres et de lumières accentuées par les paillettes d'eau oubliées par la serviette. Ladite étoffe, d'un rouge ardant tranchant à peine avec le bronzage hâlé du pompier, ceignait de larges hanches creusées et saillantes, terriblement sexy. Les os du bassin ressortaient juste assez pour permettre au tissu éponge de tenir, cachant le plus intéressant pour dévoiler ensuite de longues jambes, elles aussi vigoureuses et solides, ancrée dans le sol comme un rocher dans l'océan, immuable. Ainsi campé, il ressemblait à un héro de tragédie grecque, Ulysse sur le retour, Achille toisant Troie ou encore Hercule terrassant Hydra. Nexus du rassembler toute sa volonté éparpillée pour refermer la bouche lorsque l'homme parla, d'un ton à moitié moqueur déjà « Je vais rentrer dedans, bien joué. » L’artiste hocha la tête d'un air distrait en observant le pompier retourner dans la salle de bain, priant de toutes ses forces tous les dieux du monde pour que la serviette tombe avant que la porte ne se referme. Mais évidemment, comme s'il avait besoin d'une preuve supplémentaire pour ne plus croire en ce genre de puissance supérieure, son vœux resta non exaucé. Cependant, la porte resta entrouverte lorsque le pompier la poussa et Nexus ne se gêna même pas pour regarder.

« Je sais pas si chez vous les artistes, les sous-vêtements sont en option mais chez les travailleurs, on aime bien être à l'abri. » Le jeune angelot blond étouffa un rire, amusé par la petite pique mais il feignit ne l'avoir pas entendu, se détournant ensuite pour éviter d'être prit la main dans le sac. A nouveau, il entendit la porte de la salle de bain grincer et en jetant un coup d'oeil par dessus son épaule, il vit Ōkeanós, toujours torse nu, en train fermer le bouton de son jean. Rapidement, le jeune artiste bougea pour se diriger vers l'escalier, non sans garder le pompier dans son champ de vision. Mais déjà, ce dernier enfilait le pull, le spectacle était terminé. Comme pour en accentuer la fin, l'homme s'exclama d'un ton autoritaire « Et ce café, il est prêt ? Tu sais que j’ai des obligations professionnelles.  » Nexus esquissa une grimace un peu vexée avant de répondre en haussant les épaules « Bah je vous attends, moi, Messire ! »

Sans patienter plus avant, il entreprit de retourner à l'étage en dessous. Dans la cuisine, il sorti deux tasses et les déposa sur le plan de travail central, sortant du sucre et du lait avant de se lancer dans le processus délicat du café. Il avait une machine Expresso dans un coin mais il possédait surtout un véritable percolateur, directement incrusté dans son plan de travail pour faire du véritable café, pur et frais. C'était long et un peu fastidieux mais le résultat n'avait absolument rien à voir avec un café industriel. Il faisait venir différentes sortes de grain d'Afrique et du Brésil et prenait le temps de les moudre pour les transformer ensuite en une boisson riche d'arômes authentiques et puissants. « Alors Messire, vous venez ? Il va être froid, votre café, à ce rythme là ! » Nexus attrapa son téléphone fixe pour écouter ses messages, le temps que le café soit entièrement coulé dans la tasse. En raccrochant après avoir vérifié qu'il n'avait pas d'appel manqué, il se rappela que son smartphone était mort, noyé dans l'océan, qu'il lui faudrait rapidement en acheter un nouveau.  

La machine émit un petit bip discret et Nexus vint récupérer les deux tasses fumantes, en déposant une près d'un tabouret avant de fouiller pour sortir deux cuillères.
On pourrait croire, vu le bordel dans sa chambre, qu'il ne rangeait jamais rien mais Nexus avait des accès de maniaquerie aiguë et il ne supportait pas que sa cuisine soit mal rangée. Le reste, il s'en foutait un peu en dehors de ses vinyles mais sa cuisine, jamais.

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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Dim 1 Mar - 22:24



Nexus & Okeanós

Rien n’échappait à l’œil aiguisé d’un pompier. Rien ne pouvait échapper à l’observation affuté d’un pompier hanté par l’esprit d’une femme. Ainsi, le regard furtif de Nexus n’était pas passé inaperçu. Ōkeanós l’aurait simplement ignoré parce qu’après tout, tous les hommes dotés d’une fierté digne de ce nom se comparaient un jour ou l’autre à ses semblables. Pour le réconfort de se sentir à la hauteur, pour se jauger face à ses semblables grecs, lui-même avait laissé parfois ses yeux évaluer ses compagnons de travail. Les mythes voulaient que les pompiers soient des hommes les mieux bâtis d’une société et souvent le capitaine s’était laissé envahir par l’orgueil de faire partie de cette classe adulée de la communauté. Il s’entretenait souvent, toujours. Avant il avait préféré l’aube pour courir plusieurs kilomètres afin de profiter du symbole d’Helios qui s’élevait dans le ciel, annonçant une journée riche en rebondissements. Désormais, il l’avait délaissé au profit du crépuscule, là où il avait le temps de voir régner la lune tout en espérant ne pas succomber à son sommeil ce soir. Jusque tard dans la nuit il se défoulait inlassablement, sans relâche jusqu’à ce que toutes ses forces ne l’abandonnent. Il provoquait la fatigue dans l’espoir qu’elle ne le terrasse dans un sommeil sans rêve. Mais c’était une douce utopie et à défaut de trouver le repos, les muscles de son corps étaient sans cesse sollicités. Cette musculature il ne l’exhibait pas mais il n’en avait pas honte non plus. Ca aurait pu lui paraitre normal que Nexus n’évalue son visiteur mais les lèvres d’une déesse obscure continuaient de lui murmurer au creux de l’oreille, faisant écho dans toute sa cervelle : Tu l’attises. Comment était-ce possible ? Il attisait le feu, il engendrait les flammes sur son passage mais attiser un homme dans toute sa virilité... C’était inimaginable. Comme l’épée de Damoclès écrasante qui menaçait de s’abattre sur vous, Ōkeanós se disait qu’elle ne finirait jamais par céder à son propre poids. Nexus était tout simplement de ces artistes peintres pour qui l’anatomie n’avait plus de secret. Peut-être même que les membres d’un corps avaient fini par perdre toute sa sensualité à force de l’esquisser régulièrement ? Il connaissait les failles d’une silhouette, les atouts des courbes. Comment pouvait-on encore désirer quelque chose dont on dépeignait les défauts immuables à ses qualités ? Une fois de plus, il s’élança dans un ordre spontané en véritable manque de caféine. Il avait faim également mais il était hors de question d’abuser de son hospitalité. Il l’avait sauvé d’une chute stupide dans l’eau, il ne l’avait pas sauvé non plus d’une mort tragique. Nexus répondit à l’affirmative et Ōkeanós s’empressa de quitter ce havre intime qu’il avait investi le temps d’une douche. Retrouver des terres neutres, voilà ce qu’il pensait être le salut de pensées bouleversantes.

Le trentenaire laissa son hôte s’occuper du café dont l’arôme qui se dégageait du percolateur présageait une belle robe noire et une saveur authentique. Il le prenait par les sentiments, lui qui adorait les produits frais et les goûts véritables. Ōkeanós trouvait terriblement triste cette mode de choisir le rapide au préparé, l’industriel au frais. Argopolis était une région riche de la Grèce, influencée par des cultures européennes et internationales. Elle offrait des fruits et légumes méditerranéens des plus sublimes, des produits de la mer des plus appétissants et pour finir une richesse culturelle. S’il cédait parfois à un sandwich ou deux par urgence, il n’avait pas peur de clamer qu’il faisait lui-même son café et qu’il cuisinait ses repas intégralement dès qu’il rentrait chez lui le soir. Si un pompier-secouriste pouvait prendre le temps, pourquoi pas chacun de ses concitoyens ? Oui, il fut un temps, Ōkeanós était un citoyen modèle. Dorénavant, sa compagne spirituelle avait décidé qu’il était temps de changer les habitudes et de glisser des vices dans une façon de vivre des plus respectables. Sans grand espoir, il essaya de s’approcher du chat perché qui le toisait de son observatoire de ses iris méprisants. Visiblement, l’heure n’était pas à l’apprivoisement et cette défaite fut aussitôt confirmée lorsqu’il tendit la main vers le félin et qu’il récolta un feulement outré. Les animaux le détestaient. Inondé par la frustration, il trouva refuge auprès de Nexus qui l’appela pour quérir son dû. Il se rapprocha du comptoir pour attraper sa tasse bien chaude dont le fumet lui excitait déjà les papilles. Profitant de cette odeur quelques secondes, il en profita pour jeter un coup d’œil à l’insolent qui tentait d’écouter ses messages sur un téléphone noyé. « Arrête donc de me vouvoyer, Nexus. J’ai l’impression d’être ton père. » Aboya-t-il avant de boire sa première gorgée libératrice, sans y plonger le moindre sucre. Cet arôme fort, corsé, entêtant. Ōkeanós ferma les yeux un instant, ses fossettes se dessinant sous un sourire de satisfaction. « Pas mal. » Il rouvrit ses yeux bleus qui vinrent directement trouver l’auteur de cette merveille gustative. « Fais gaffe, je suis capable de te pousser moi-même à l’eau chaque matin pour le bonheur d’un bon café. » Ses doigts taquinèrent distraitement ses boucles alors qu’il continuait de détailler la pièce des yeux, à la recherche d’un élément secret. « Tu vis de ça ? Je veux dire la peinture, ça paie ? Tu vis de luxure, de bohème et de couleurs ou bien c’est juste un mythe ? » Qu’il lui dise qu’il était tout aussi malheureux que lui ; qu’il n’était pas le seul à se sentir de plus en plus oppressé par son environnement. Pourquoi avait-il envie que Nexus lui ressemble ? Ils n'étaient que les deux opposés dans un univers restreint.








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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Jeu 5 Mar - 10:58




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L'angelot blond darda sur son invité un regard perçant, lorsque le pompier décréta qu'il avait l'impression d'être son paternel face au vouvoiement. Un effort de volonté lui permit de retenir une réplique cinglante sur le fait qu'il n'avait qu'à arrêter d'agir comme tel, s'il ne voulait pas être ainsi traité. Avec ses ordres autoritaires et ses morales à deux sous cinquante, il représentait une catégorie de gens que Nexus ne supportait pas. Mais la remarque fut balayée par le compliment sur le café, qui arracha un sourire à l'artiste. « Pas mal. Fais gaffe, je suis capable de te pousser moi-même à l’eau chaque matin pour le bonheur d’un bon café. » Il ne doutait pas des propos du pompier, il connaissait le pouvoir de son excellent café sur les amateurs du breuvage. Il n'en commandait jamais, en terrasse ou au restaurant, pour la simple raison qu'aucun des établissements de la ville ne pouvait rivaliser avec ce qu'il avait chez lui et il était désormais incapable d'avaler un mauvais café. A la place, il buvait de l'alcool ou si la situation ne s'y prête vraiment pas, du thé.
Son regard perdu dans les boucles brunes et encore un peu humides de son invité, il ne fit d'abord pas attention à ce que ce dernier disait. Les doigts puissants et solides jouant dans les reflets sombres de la chevelure typiquement grecque avaient quelque chose de fascinant, d’envoûtant, d'électrisant. Il s'imaginait déjà en train de peindre une scène du genre, visualisant l'homme affalé dans son canapé tout usé, un livre à la main et l'autre en train de taquiner les bouclettes. Une image détendue et naturelle. Mais soudain, il prit conscience de la question qui lui avait été posée « Tu vis de ça ? Je veux dire la peinture, ça paie ? Tu vis de luxure, de bohème et de couleurs ou bien c’est juste un mythe ? » Son regard s'assombrit plus vite que le ciel d'un soir d'orage, passant d'un azur estival à un gris plus sombre que les froides journées d'hiver. Il en avait assez, d'être jugé de la sorte par le reste de la population. Son père lui avait déjà assez fait comprendre qu'il était ridicule, à s'obstiner ainsi dans la voie de l'art, il n'avait pas besoin de l'avis de parfaits inconnus, tout sauveur et séduisant soient-ils.

D'un ton un peu abrupte, il déclara en pointant la peinture suspendue au dessus de l'escalier, l'immense tableau rouge, noir et gris, si étrange et dérangeant. « On m'en a proposé 100 000 drachmes, une fois. Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai vendu un portrait à 50 000 drachmes et encore, c'était un prix d'ami. » Il n'est pas un amateur, il a fait des études d'art et il a acquis, en plus de son talent propre, des techniques et des méthodes. Il connait l'histoire de la peinture, de la littérature, de la sculpture. Il a de belles notions d'architecture et il envisage de commencer à peindre des bâtiments, des paysages. « Je ne suis pas un vulgaire amateur ramassé dans les rues de Montmartre, j'ai étudié l'art et j'en ai fait mon métier. » Il vida sa tasse d'une traite avant de la ranger dans le lave-vaisselle pour aller chercher un portfolio dans la bibliothèque, un véritable dossier relié en cuir avec à l'intérieur un cliché haute définition de toutes les œuvres qu'il a pu vendre ou simplement exposer. Il y en a une petite centaine déjà, il est plutôt prolifique et il a, chez ses parents, un garage entier rempli de ses œuvres les plus anciennes, celles qu'il ne vend pas mais qu'il ne jette pas non plus. « Sous certaines des oeuvres présentes, tu as le prix auquel elles ont été écoulées. Je te laisse te faire une idée quant à la réponse à ta question. ».
La vérité, c'est qu'il était nantit depuis le départ, ses parents ayant prit soin de mettre de l'argent pour lui sur un compte auquel il a eu accès dès ses dix-huit ans. Cependant, il ne s'en est servi que pour acheter l'appartement dans lequel il vit, renflouant ensuite le compte grâce à ses tableaux, ses sculptures, son talent. Sans agent, sans galerie, simplement avec un réseau bien constitué, des connaisseurs qui savent où regarder. Il n'est pas juste un artiste comme on en décrit souvent dans les livres romantiques, les chansons d'amour ou les films à l'eau de rose. Il a travaillé, ne serait-ce qu'un minimum, pour en arriver là. Il voudrait, pour une fois, que quelqu'un le reconnaisse.

Agacé, il retourna dans sa cuisine pour ouvrir son frigo et en sortir une brique de jus d'orange. Il ne prit même pas la peine de se servir un verre, buvant directement au goulot plastifié avant de reposer l'objet. Considérant le peu d'élément remplissant le réfrigérateur, il poussa un soupir de lassitude et sortit du lait. « Je vais faire des pancakes, tu en veux, pendant que j'y suis ? » Il fouilla dans ses placards pour sortir des oeufs et de la farine, entre autres. Il connaissait la recette par coeur et se mit à cuisiner, sans plus tenir compte de la présence de son invité.  

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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   Jeu 12 Mar - 22:38



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Demeurer des heures ainsi. Savourer un bon café et ne plus mettre le nez dehors. Ne plus affronter Argopolis et faire taire à jamais cette harpie. D’ailleurs, la voix de cette dernière ne hantait plus son esprit. Elle s’était tue, s’était muée derrière ses propres pensées dont il était de nouveau souverain. Etre à côté de Nexus avait comme un effet lénifiant auprès de sa maitresse. Comment était-ce possible ? Pourquoi ne cherchait-elle pas le conflit, la rivalité comme elle le faisait chaque fois qu’il fréquentait d’autres personnes ? Pourquoi sa jumelle avait-elle fait la première les frais de cette immonde moitié qui s’était greffée dans sa tête ? A défaut d’obtenir la parcelle de son cœur qui était entièrement dédiée à sa sœur, elle s’était emparée de tous les autres organes que Phaedra n’avait pas envahis d’amour. Pourquoi Nexus, l’arrogant jeune adulte qui avait manqué de se noyer par overdose de maladresse, ne subissait-il pas le même sort ? Pourquoi n’avait-il pas envie de le pulvériser, de repousser chacune de ses attentions finalement gratifiantes ? Pourquoi n’aspirait-il à connaitre ses moindres secrets alors qu’hier il ignorait jusqu’à son existence entière ? Il n’était qu’une autre paire de jambes parmi la foule d’Argopolis et désormais, il représentait l’unique intérêt d’Ōkeanós au-delà d’un simple échange de services. Sa question avait été soudaine, incongrue et terriblement indiscrète. Inconsciemment, il venait de demander à son hôte si sa passion lui permettait de subsister, si sa façon même d’appréhender le monde lui permettait de vivre. L’ironie avait été facilement décelable dans sa façon de parler, cependant il n’y avait eu aucune ironie dans ses intentions. Sa franchise légendaire lui avait encore une fois joué des tours, le faisant passer pour le moralisateur de service. Chaque fois qu’il ouvrait la bouche, c’était pour prodiguer des conseils aux imprudents, évoquer les vies qu’il avait sauvées – tout en omettant de mentionner celles qu’il avait laissées filer. Ōkeanós s’entêtait tellement à jouer les hommes parfaits que le retour de son imperfection était d’autant plus violent. Ainsi, le pompier crut déceler dans le regard de son interlocuteur l’ombre d’un agacement, peut-être la déception que son sauveur du jour ne soit qu’un connard de plus dans ce monde. Ses paumes se resserrèrent autour de sa tasse, résistant à la tentation d’en exploser la porcelaine. Il était stupide, prétentieux et surtout si paternaliste. Et cette fois-ci la fielleuse Eris n’était pas à blâmer.

Silencieux de honte, il suivit de son regard bleu le doigt pointé en direction de la peinture troublante. Il se tut tandis que Nexus s’efforça finalement de lui expliquer combien il aurait pu être riche, combien il l’était même peut-être. Certainement plus nanti que le pompier crevait sa santé à réparer les erreurs des autres. S’il avait trouvé dans le soutien de la population une véritable vocation, il n’était plus certain que le nouveau lui puisse être à la hauteur. Il déglutit avec difficulté, un soupçon de jalousie dans la gorge, quand il lui révéla le prix auquel on lui avait proposé d’acheter la croûte sanglante. L’argent et la reconnaissance financière n’avaient jamais fait partie de ses ambitions alors pourquoi se sentir aussi minable à cet instant ? Pourquoi enviait-il cet artiste qui avait étudié pour mener son art à son paroxysme avant de faire payer ceux qui n’avaient malheureusement pas hérité de ce talent ? Alors que son compagnon acheva sa tasse de café, lui prit le temps de la savourer pour ne pas qu’on lui retire ce gage de remerciement que Nexus devait déjà regretter. Ses iris se posèrent sur absolument chaque photo qui ornait les nombreuses pages de ce portfolio. Il mémorisait chacune de ses œuvres qui décoraient désormais le mur d’un client satisfait. Et si Nexus avait apposé son empreinte dans chaque foyer de Grèce, peut-être même d’Europe ? L’influence qu’il put avoir sur les autres provoqua un long frisson qui se fraya un chemin le long de sa colonne vertébrale. Ce pouvoir d’envoûter la vue et d’exciter l’imagination... Une curiosité malsaine le poussa à tourner de lui-même chaque page pour trouver le prix sous chaque photographie. Chaque chiffre l’émoustillait un peu plus et bientôt il fut convaincu qu’il n’était pas le seul à se satisfaire maintenant. Il ne décrocha son attention du carnet que pour apercevoir Nexus en train de boire à même la brique de jus d’orange. Il s’attarda sur sa pomme d’Adam, s’oubliant lui-même dans cette pièce jusqu’à ce que sa voix ne le ramène sur terre. Cette matinée, cette situation entière, était à la fois si libératrice et si bouleversante. L’atmosphère était gorgée de ces électrons inconnus qui chargeaient les deux individus en électricité alors que tout n’était que cordialité. Ōkeanós finit par hausser les épaules avant de répondre d’une voix exagérément enthousiaste pour détendre le cuisinier du jour : « Je dis jamais non dès qu’il s’agit de manger. » Il pos sa tasse sur le comptoir puis se releva de sa chaise pour passer de l’autre côté rejoindre Nexus. « La moindre des choses c’est que je t’aide. Ensuite je devrais retourner à ma caserne, sait-on jamais si un autre décide de se noyer. » Il remonta ses manches puis prit soin de se laver les mains. Ōkeanós savait peut-être cuisiner mais il était un piètre pâtissier. Pour une fois, il allait obéir aux directives. A celles de Nexus.









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MessageSujet: Re: « Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós   
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« Comme la nuit paraît longue à la douleur qui s’éveille. » ♣ Nexus & Ōkeanós

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