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 Hallelujah ◊ Nexus&Bianca

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MessageSujet: Hallelujah ◊ Nexus&Bianca   Ven 30 Jan - 17:11
Hallelujah

« Nexus & Bianca »



L'église était presque déserte. La saison touristique des vacances de Noël venait de s'achever, les visiteurs étaient rentrés chez eux reprendre une vie normale, loin des merveilles de la Grèce et de la moussaka dégustée au soir, au bord de la mer, dans un petit restaurant plein de charme. Les fidèles manquaient aussi à l'appel. Il faisait encore sombre le dimanche matin, et la foi n'était pas suffisamment puissante pour pousser les croyants hors du lit et les envoyer affronter l'obscurité.

Evidemment, Bianca avait été réveillée bien trop tôt à son goût pour perdre son temps dans cette église glaciale. Le ton morne et presque psalmodiant de l'archevêque ne la maintenait en aucun cas réveillée, et elle dût s'y reprendre à plusieurs fois pour ne pas s'endormir assise. Quiconque avait instauré la messe du dimanche matin comme la plus importante et immanquable de toutes était un sacré salopard. Sûrement un insomniaque frustré qui a voulu se venger du sommeil serein des autres, et les faire payer au nom du seigneur. Une croisade déguisée, qui venait vous torturer toutes les fins de semaines. "Oseras-tu trahir ton Créateur ? Préfères-tu rester dans ton lit bien douillet et chaud ? Souviens-toi que la paresse est un péché capital"... Et visiblement, des plus en plus de fidèles étaient terrassés et manquaient à l'appel. Dorénavant c'était toujours les mêmes qui venaient, les mêmes qui la saluaient poliment lorsqu'elle arrivait avec ses parents, les mêmes qui lui serraient la main durant le signe de paix. Toutes ses amies du catéchisme avaient arrêté de se rendre à la messe une fois leur confession de foi terminée. Lorsque Bianca leur avait demandé pourquoi, elles avaient répondu "Ca sert plus à rien, on a fait tous les trucs pour avoir des cadeaux et une fête". Cette réponse l'avait outrée, jamais elle ne s'était imaginée pouvoir recevoir des cadeaux après sa petite communion, hormis un missel et un rosaire - qui reposaient désormais tous deux dans un tiroir de sa commode. Elle avait porté le rosaire au début, elle le trouvait plutôt joli. Puis on s'était moquée d'elle en l'appelant Mère Teresa, elle avait pleuré et ne l'avait plus jamais remis.

Bianca s'emmitoufla dans son manteau, qu'elle gardait même à l'intérieur. Elle était persuadée qu'il faisait moins froid dehors que dedans. Elle désirait tellement boire du café en ce moment, alors que rien que l'odeur la répugnait, juste pour sentir le liquide chaud couler de sa bouche à son ventre et la revigorer. Mais la seule boisson qu'on lui autorisait ici était le vin de messe dans lequel tremper l'hostie. Elle attendait ce moment avec une certaine impatience, pour bouger enfin son cul de ce banc d'église. Et puis, cela lui signifiait que tout allait bientôt être fini, qu'elle pourrait rentrer chez elle, mettre son plus moche survêtement, de grosses chaussettes et faire la carpe sur son canapé. Un vrai dimanche, quoi. Déjà qu'elle rêvait de pouvoir se lever à midi... Mais non, elle était tombée sur les parents les plus obstinés. Elle avait déjà essayé de se débiner, en prétextant par exemple que les parents de Cynthia y allaient bien sans elle depuis des années et qu'elle ne s'était pas encore consumée par les flammes de l'Enfer, ou qu'elle avait la diarrhée, mais jamais elle n'a obtenu un quelconque résultat.

Elle remarqua les deux enfants de choeur approcher avec le calice et les hosties en vue de commencer la communion, et son coeur fit un bond dans sa poitrine. Enfin ! Elle se glissa dans la file pour recevoir le corps du Christ, amen, et le sang du Christ, amen. En passant devant les enfants tout de blanc vêtus, elle ne put s'empêcher de s'apitoyer sur leur sort. Au moins, ses parents n'avaient pas été assez cruels et jusqu'au-boutistes pour la mettre au service de l'archevêque. Son intégrité mentale n'aurait jamais été la même. Quoique, ça ne l'avait pas empêchée de devenir démente. Mais au moins, elle n'était pas dépressive, ce qui n'aurait pas manqué si elle avait été obligée d'aider à la messe.

Bianca rejoignit sa place, l'hostie fondant sur sa langue en une sorte de pâte guère appétissante. Elle n'avait plus qu'à prendre son mal en patience, en se levant quand il le fallait, en remuant ses lèvres lors des chansons pour donner l'impression qu'elle les connaissait. Elle eut même l'idée de s'agenouiller contre le banc en face d'elle pour faire une petite sieste méritée, les mains jointes, et expliquer après coup que, telle Jeanne d'Arc, elle avait senti que Dieu voulait papoter avec elle sur l'avenir de son empire christique, en l'engageant, elle, pucelle britannique expatriée, de prendre l'épée pour combattre les êtres des ténèbres et les impies. Ou encore que le sermon du prêtre lui avait soudainement rappelé sa mamie, et qu'elle s'était lancée impulsivement dans une prière pour les morts. D'une manière comme d'une autre, ses parents ne pourraient que tolérer ce comportement dévoué. Mais elle ne fit rien. Il suffisait qu'elle ronfle et sa couverture tomberait à l'eau. Bianca mordit donc sur sa chique pendant les trois derniers quart d'heures, se pinçant pour ne pas fermer les yeux trop longtemps. Le seul moment qui réveilla son attention fut la récolte, et elle éprouva un plaisir malsain à ne donner que 50 cents en petites pièces rouges. L'enfant de choeur semblait s'en moquer, mais Bianca s'enthousiasma longtemps de sa blague.


    « ... A présent, mes fils et mes filles, allez vers la Paix. »


Ces paroles lui firent l'effet d'un électrochoc, et Bianca se releva d'un bond, prête à partir. Elle avait le dos et les jambes tout courbaturés, et le bout de son nez picotait à cause du froid. Sa mère la regarda se lever en fronçant les sourcils, sans faire mine de se lever. Et si... Et si c'était juste un faux espoir ? Et si la messe n'était pas finie en réalité ? Non, d'autres gens se levaient également et se dirigeait vers la massive porte en bois.


    « Vous... Vous ne venez pas ? C'est fini. »


Sa mère soupira et fit la démonstration de cette manie qu'elle avait lorsqu'elle était exaspérée : mettre le pouce et l'index de sa main droite de part et autre du haut de son nez.


    « Bianca, nous avons une réunion avec les autres paroissiens pour faire un compte-rendu de notre messe de Noël, je te l'ai déjà dit cinq fois au moins. »


Horreur malheur. C'est la salsa du démon.
Il ne manquait plus que ça. Bianca pouvait définitivement dire adieu au reste de sa matinée, et à sa chaleur corporelle. Ses parents comptait sûrement sur elle pour calculer le bénéfice récolté suite aux ventes de brioches à la sortie de la messe de Minuit ou d'autres tâches hautement intellectuelles et passionnantes. D'autant plus, qu'on allait sûrement assigner cette vieille grenouille de bénitier, Madame Rapalostos, pour l'aider dans ses charges. Elle se faisait avoir chaque fois. Cette femme était un vrai boulet qui ralentissait Bianca dans ses calculs, ou qui voulait les reprendre à tout bout de champ depuis le début, tout en harcelant Bianca de questions totalement déplacées. Elle restera longtemps traumatisée par "J'espère que tu es consciente que la semence d'un homme ne peut être gaspillée" ou par ses mises en garde contre la masturbation. Maintenant, dès que Bianca voulait essayer, elle n'arrivait pas à fantasmer, seul le visage plein de plis et de ridules de la bonne femme lui apparaissait et lui ôtait toute ardeur.
Catastrophée, Bianca la chercha du regard et la vit. Elle était là, avec son chemisier démodée et sa jupe pelucheuse qui lui arrivait à mi-mollet, en train de minauder près de l'archevêque. Bianca s'en voulait de penser ça dans un lieu saint, mais elle était persuadée que les deux vieux ne passaient pas leur temps à parler du Notre-Père. Certes, ils étaient grabataires, mais l'appel de la chair était universel, que ce soit dans les maisons de retraites ou dans les prieurés. Vu ses sujets de prédilections, cette bonne femme devait être une sacré perverse, mais Bianca ne voulait pas imaginer à quel point. La chair de Bianca criait de désir aussi, mais elle s'évertuait à la faire taire. Ca ne lui réussissait pas trop, elle commençait à en devenir obsédée.

En voyant, la vieille Rapalostos lui faire signe de la main avec son plus "beau" sourire, elle fut persuadée que, si elle ne trouvait pas d'esquive pour échapper à cette sorcière pécheresse pseudo-Sainte-Nitouche, elle était bonne pour un nouveau traumatisme. Ca semblait être la bonne résolution de l'année, chez Rapolostos : trouver chaque fois un nouveau sujet pour la mettre mal à l'aise. Vieille sadique.


    « Ah, c'est embêtant, j'avais oublié de te dire... Je dois rédiger un travail sur la chorégraphie pour demain. Je ne l'ai pas terminé. »


C'était faux, ce travail remontait au moins de novembre, mais au moins elle pourrait s'éclipser et montrer à sa mère le fruit de son labeur.


    « C'est malin. Bon, file, tu as intérêt à l'avoir fini quand je rentrerai. Je vérifierai. »


Bianca hocha la tête et sortit de l'église d'un pas un peu trop enthousiaste. Il ne faisait plus sombre, ni froid, et elle savourait le soleil qui réchauffait chacune de ses particules. Elle ne put s'empêcher de crier, les bras en croix, exposée à la lumière comme une starlette sous les feux des projecteurs, d'un air triomphal :


    « HALLELUJA ! »




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MessageSujet: Re: Hallelujah ◊ Nexus&Bianca   Sam 31 Jan - 15:41



Nexus & Bianca



Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

La terre était informe et vide; les ténèbres couvraient l'abîme, et l'Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit: « Que la lumière soit! » et la lumière fut.
Et Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres Nuit. Et il y eut un soir, et il y eut un matin; ce fut le premier jour. Dieu dit: « Qu'il y ait un firmament entre les eaux, et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux. » Et Dieu fit le firmament, et il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament d'avec les eaux qui sont au-dessus du firmament. Et cela fut ainsi.
Dieu appela le firmament Ciel. Et il y eut un soir et il y eut un matin; ce fut le second jour. Dieu dit: « Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. » Et cela fut ainsi.
Dieu appela le sec Terre, et il appela Mer l'amas des eaux. Et Dieu vit que cela était bon. Puis Dieu dit : « Que la terre fasse pousser du gazon des herbes portant semence, des arbres a fruit produisant, selon leur espèce, du fruit ayant en soi sa semence, sur la terre. » Et cela fut ainsi.
Et la terre fit sortir du gazon, des herbes portant semence selon leur espèce, et des arbres produisant, selon leur espèce, du fruit ayant en soi sa semence. Et Dieu vit que cela était bon. Et il y eut un soir, et il y eut un matin; ce fut le troisième jour.
Dieu dit : « Qu'il y ait des luminaires dans le firmament du ciel pour séparer le jour et la nuit; qu'ils soient des signes, qu'ils marquent les époques, les jours et les années, et qu'ils servent de luminaires dans le firmament du ciel pour éclairer la terre. » Et cela fut ainsi.
Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fil aussi les étoiles. Dieu les plaça dans le firmament du ciel pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière et les ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon.
Livre de la Génèse, chapitre premier.

Le rythme dur et dogmatique de la création du monde cognait dans sa tête comme un oiseau prisonnier dans la cage dorée des réminiscences de son enfance. Petit angelot blond bien sage près de sa mère, les messes éternelles du dimanche et les paroles punitives de l’archevêque qui venaient ensuite peupler ses cauchemars, araignées sombres répondant aux noms des apôtres. Pierre, énorme et velue. André, petite et fourbe. Jacques, nonchalante et menaçante. Douze formes, jusqu'à Judas la traîtresse, invisible mais tentaculaire. Et là haut, Jésus sur sa croix d'insecte, se moquait de lui à gorge déployée. Longtemps, longtemps, il avait cru qu'il était fabriqué de toute pièce dans les pêchés que sa mère lui récitait lorsqu'il faisait une bêtise.

Puis il avait grandit et il avait lu. Il avait beaucoup lu, il s'était ouvert aux cultures d'ailleurs, de nulle part. Il avait aimé, les légendes et les mythes de la Grèce antique. La puissance indiscutable des figures égyptiennes, l'empire des pharaons. Il avait découvert, passionné, les dieux et racontars du Nord, comment Hel avait sombré dans la folie nécromancienne, comment Loki avait manipulé tout Asgard et tué Baldr, dieu de la beauté, pour assouvir ses sombres dessins ... Il avait alors cessé, petit à petit, de croire en un dieu unique dicté par les dogmes ecclésiastiques catholiques. Jour après jour, il s'était nourri de récits divers et variés. Il avait embrassé, un temps, le point de vue de certaines tribus africaines. Il avait comprit la logique des raisonnements protestants, orthodoxes. Il avait étudié un peu le bouddhisme, avec curiosité. Puis un beau matin, il s'était levé et s'était dit qu'il ne croyait plus en Dieu ni en aucune religion. Cette conviction enfin adoptée, il s'était senti plus libre que jamais, malgré les cris et les larmes de sa mère horrifiée et convaincue que son fils unique s'était finalement égaré dans les méandres païens qui menaçaient le monde.

C'est pourquoi il ne comprenait pas vraiment ce qu'il faisait ici, perdu sur le parvis de l'église d'Argopolis, par un magnifique dimanche. Pire, il ne voyait vraiment pas ce qui avait pu le tirer de son sacro-saint lit avant midi pour l'envoyer là, face à ce lieu de culte dans lequel il refusait de mettre un pied. Planté debout sur les dalles claires devant l'édifice sacré, il en observait machinalement l'architecture lorsqu'une voix féminine s'éleva, blasphématrice « Halleluja ! » Intrigué, il baissa les yeux pour apercevoir une jeune femme dont il connaissait très bien l'identité. Bianca Dowes, la fille d'une famille que ses parents fréquentaient depuis longtemps. Elle semblait s'offrir aux rayons du soleil de janvier, les bras en croix dans la lumière déjà forte de cette fin de matinée.
Amusé, Nexus attendit un moment avant de lancer « Ah, la joie bienfaitrice au sortir de la messe, je vois ... Et quelle joie ! » Ayant attiré son attention, il lui adressa un petit signe de la main, amical. Ils avaient enduré la messe du dimanche pendant des années ensemble, avant qu'il ne se rebelle contre cet enseignement dans lequel il ne trouvait pas son compte. Assuré, il s'approcha d'elle pour ne pas avoir à crier par dessus la foule que dégorgeait les portes ouvertes de Notre dame des Vertus.



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MessageSujet: Re: Hallelujah ◊ Nexus&Bianca   Lun 2 Fév - 21:48
Hallelujah

« Nexus & Bianca »



Le bonheur était une chimère pour certains, un plaisantin qui aimait jouer à cache-cache pour d'autres. Ces pessimistes en quête de la joie ne devaient sûrement pas chercher au bon endroit. Ils pourraient simplement se précipiter à Notre Dame des Vertus, durant un office particulièrement ennuyeux, dans un froid tranchant avec la chaleur du lit douillet, et une fois de retour à la civilisation extérieure, ils connaîtraient alors un soulagement intense, un bonheur simple mais vraiment, vraiment transcendantal.

Le cerveau de Bianca carburait, comme si le soleil qui caressait son visage avait fait fondre le gel qui s'était formé autour de ses cellules grises. Elle s'imaginait divers projets fantastiques pour occuper son dimanche, une balade en mer, une sieste sur la plage, une virée dans la forêt... même si au final, elle savait pertinemment bien qu'elle resterait dans son canapé avec une couette, du thé, et des séries en streaming. Le chocolat en supplément.


    « Ah, la joie bienfaitrice au sortir de la messe, je vois ... Et quelle joie ! »


La cervelle de Bianca, encore pleine d'euphorie, ne calcula pas directement la personne qui lui avait parlé. Puis, avant tout, ce fut l'ironie dans la voix qui la ramena à la réalité. Ses bras tombèrent le long de son corps. Elle se sentait conne, elle qui pensait que le parvis serait désert un dimanche matin. Elle ouvrit les yeux et vit le garçon qui avait très vraisemblablement parlé. Ses traits lui étaient familier, mais Bianca n'avait pas une mémoire photographique excellente pour ce qui était des visages qu'elle n'avait plus vus depuis longtemps. Ce type ne faisait émerger aucune réminiscences quelconques en elle. Il était peut-être trop loin. Elle s'approcha lorsqu'il lui fit un signe de la main. Elle était bien trop ravie et curieuse pour l'ignorer, et elle ravala son honneur. Tant pis s'il se moque encore d'elle, il n'avait pas l'air d'un si mauvais bougre.


    « Je t'avoue honnêtement que ce n'est pas le sermon de l'archevêque qui me met dans cet état ! »


Elle s'arrêta à une distance respectueuse, à quelques pas du garçon, et mettant la politesse de côté , elle dévisagea sans gêne son interlocuteur. Elle le connaissait, elle en était persuadée, et devait ne plus l'avoir vu depuis un bon moment, sinon elle s'en serait souvenue immédiatement. Fichue puberté, en un claquement de doigt tu rends les hommes plus beaux mais méconnaissables. Elle fit le tri. Elle ne fréquentait pas énormément de milieux différents, et le fait qu'il soit prend de la cathédrale voulait peut-être dire qu'il attendait quelqu'un qui était à l'intérieur... Il devait sûrement être un ancien paroissien. Bianca l'enviait déjà d'être affranchi de ses parents au point de pouvoir leur dire "Fuck you, je fais ce que je veux" - elle le pensait chaque dimanche matin. Peut-être se faisait-elle des films néanmoins ? Il pouvait simplement s'agir d'un jeune en perdition, non scolarisé, qui sera amené à jouer de l'accordéon sur les terrasses des cafés pour gagner quelques sous. Ou d'un... Non, autant en avoir le coeur net et lui demander directement. Pourquoi se compliquer la vie ?


    « On se connait, non ? On s'est déjà vu à la messe, non ? »


Elle marqua une pause et fronça ses sourcils, tentant d'évaluer le temps qui aurait pu s'écouler depuis leur dernière réponse.


    « Enfin, il y a déjà un moment si je ne m'abuse. La chance. »


Elle ne put s'empêcher de murmurer ces derniers mots.
Le plus rageant était qu'elle sentait que le nom de ce gars lui glissait sur le bout de la langue mais refusait de sortir au grand jour.


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MessageSujet: Re: Hallelujah ◊ Nexus&Bianca   Lun 16 Fév - 19:59



Nexus & Bianca



Elle avait quelque chose d'indéfinissable, nota Nexus alors qu'elle se rapprochait doucement de lui.

Un charme désuet mais plaisant, comme celui d'une vieille photographie abîmée, teintée de mélancolie, de souvenirs mêlés, d'un temps éculé et oublié. Mais en même temps, à la voir ainsi sortir de Notre Dame des Vertus, elle semblait si vivante, si pimpante et si fraîche que la comparaison avec le cliché monochrome ne lui rendait guère justice. La combinaison des impressions se dégageant de sa personne plu instantanément au jeune artiste. Son œil aguerri su reconnaître en elle un modèle de choix pour sa collection de portrait sans nom. Des hommes et des femmes dont il ne notait jamais l'identité, multitude de croquis, de peinture et de dessin anonyme, tous plus beau les uns que les autres.
Mais quelque part dans la beauté enfantine de ses traits déjà féminin, il lui sembla reconnaître la petite fille d'autrefois. Celle qui, dans sa petite robe en dentelle blanche et bien juchée sur ses jambes un peu potelées d'enfant bienheureuse, attendait la messe d'un air déjà trop solennel. Il se rappelait d'elle comme un peintre se souvenait de chaque nuance de couleur utilisée au cour de sa vie. Il avait gravé dans sa mémoire son regard pétillant, ses petites mains d'enfant, la courbe du nœud de satin fixé dans son dos, les accents graves d'une voix trop sérieuse qui se prenait pourtant au jeu, l'écho cristallin d'un rire s'envolant jusqu'aux vitraux de la cathédrale ... « On se connait, non ? On s'est déjà vu à la messe, non ? » L'interrogation, un peu naïve mais insistante, ramena le jeune artiste au présent et il esquissa un sourire amusé. Elle n'arrivait pas à se rappeler de lui mais il savait qu'elle ne pouvait se défaire d'une impression troublante de familiarité, issue de souvenirs enfouis trop loin, comme une réminiscence d'enfance.
Il ne lui en voulait pas, il y avait bien longtemps maintenant qu'il avait cessé de fréquenter le quartier, à plus forte raison la cathédrale. S'il savait toujours en admirer les prouesses architecturales, il était désormais devenu allergique à tout ce qu'elle représentait. « Enfin, il y a déjà un moment si je ne m'abuse. La chance. » Le sourire de Nexus se fit plus large et il dévoila un peu les dents, signe qu'il était réellement amusé par la situation. Il ne répondit pas tout de suite, cependant.

Autrefois, lorsqu'il allait encore à la messe et qu'il se retrouvait près d'elle, il lui adressait un petit signe complice. A l'époque, il était petit et il ne savait pas bien le faire alors le résultat était souvent drôle, ce qui leur valait des regards courroucés de la part des adultes de leur entourage quand ils en riaient ensemble. Désormais presque adulte, selon les standards de la vie, il fut capable de lui faire un petit clin d’œil complice, rapide mais suffisamment long pour faire remonter chez elle les images du passé. « Voyons voir si tu parviens à te rappeler de mon prénom ... » A nouveau, il lui adressa un clin d’œil mais cette fois, il fit exprès de le faire comme il le faisait quand il était môme, en fermant les deux yeux avec application. Il avait fallut toute la patience de son père, pour lui apprendre à faire correctement ce geste pourtant simple mais qui demandait une excellente coordination de chacun de ses muscles. L'homme avait coutume de dire en riant que pour un futur artiste, il n'était pas très synchronisé. S'il savait, aujourd'hui, à quel point son fils était doué. Le pauvre patriarche en serait mort sous le choc.
Voyant la jeune femme afficher une moue concentrée, comme si elle réfléchissait à toute vitesse, il demanda d'un ton mutin « Toujours pas ? » Il s'amusait, il le reconnaissait sans peine. Pour un dimanche matin, ce n'était pas banal, comme situation.

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MessageSujet: Re: Hallelujah ◊ Nexus&Bianca   Jeu 26 Fév - 22:19
Hallelujah

« Nexus & Bianca »



Le garçon était très beau, indéniablement. Bianca l'aurait d'ailleurs très vraisemblablement dragué, avec un verre ou deux dans le nez et ses amies derrière elles pour lui donner l'impulsion nécessaire. Mais à y regarder de plus près, ce garçon avait un air qui ne lui signifiait rien de bon, sans qu'elle puisse mettre le doigt sur ce dont il s'agissait. Elle comprit enfin, en voyant son sourire et la façon avec laquelle il la regardait. Il puait la confiance en soi; il transpirait de ses certitudes inébranlables ; il suintait la narquoiserie. A peu de choses près, elle aurait pu croire qu'il se moquait d'elle.
Elle s'infligea une claque mentale - procédé très courant chez elle. Elle se reprenait encore à porter encore des jugements hâtifs et bâclés sur quelqu'un qui n'avait jusque là rien dit de contraire. Après tout, ce n'était peut-être pas de sa faute s'il avait un sourire plein de connivence, les gens ne décident pas leur anatomie... auquel cas Bianca se serait fait des joues plus creusées, ou des cheveux plus faciles à coiffer au matin. Et puis, elle était peut-être paranoïaque, à voir sans cesse de la malfaisance sur tous les visages ayant au moins trois poils de barbes sur le menton.

Elle adopta donc de nouveau un sourire de convenance, craignant que son scepticisme eut voilé son visage. Mais le silence, le mystère qui semblait flotter autour de cet inconnu qui ne l'était pas réellement (Bianca en était intimement convaincue), alourdissaient ce dimanche ensoleillé. Il ne semblait pas vouloir répondre, comme s'il espérait que Bianca, telle une élève ayant un trou de mémoire face à sa copie d'examen, ait une soudaine illumination et se rappelle de tout comme d'une évidence. Mais sa mémoire ne semblait pas disposée à lui obéir et à lui fournir les informations nécessaires propices à débloquer cette situation stagnante.

Puis, sans crier gare, le garçon lui fit un clin d'oeil.
Quel balourd ! C'était donc dans l'intention de faire son beau gosse qu'il l'avait interpellée ? C'était pour cela qu'il avait cet air triomphant et bien trop fier gravé sur son visage. Les hommes ont toujours l'impression qu'il suffit de minauder en se donnant un sourire de Joconde pour intriguer la gente féminine et se jouer d'elle. Certes, ce n'était pas erroné dans ce cas, Bianca avait trouvé l'individu assez séduisant, mais c'en était fini. Elle n'était pas prête à se faire manipuler comme un pantin juste pour être récompensée par un sourire enjôleur, telle une chienne qui attend langue pendante qu'on lui jette un morceau de poulet rôti.


    « Voyons voir si tu parviens à te rappeler de mon prénom ... »


En tout cas, sa voix ne lui évoquait rien. Evidemment, si elle avait connu ce jeune homme dans son enfance, ses cordes vocales n'étaient pas encore calibrées pour produire un ton aussi grave.
Il lui fit de nouveau un clin d'oeil, presque le même mais... raté. Un peu comme les enfants le font au début. Ils claquent des doigts comme s'ils ne maîtrisaient pas ces excroissances, ils se donnent l'impression de siffler juste en arrondissant les lèvres et en expulsant de l'air de la façon la plus audible possibles, et ils clignent des yeux d'une façon tout à fait particulière, qui donne l'impression qu'une paupière est raccordée à l'autre et que leur mouvement sont indissociables.

Indéniablement, cela lui rappelait quelqu'un. Mais qui ? La liste des possibilités était bien étoffée. Il ne pouvait pas provenir de sa vie britannique, ce qui réduisait de moitié ses nombres d'années et les personnes rencontrées. Elle se concentrait, elle savait qu'elle mettrait l'identité de son interlocuteur en lumière d'un instant à l'autre. Les éléments s'emboitaient : le lieu, ce clin d'oeil, ce sourire qui lui évoquait des rires partagés, la couleur de ses cheveux...


    « Toujours pas ? »


Bianca n'avait aucune envie de s'avouer vaincue. Murée dans le mutisme, elle faisait défiler les souvenirs qui lui revenaient de manière aléatoire, en opérant une mise au point sur certains détails ou visages, dans l'espoir d'accrocher avec un indice.

Au moment où, lassée, elle allait abandonner ses recherches, un nom monta le long de son pharynx, glissa sur sa langue et s'extirpa de ses lèvres, d'abord dans un murmure interrogatif puis d'une voix plus affirmée, qui traduisait la dissipation de ses doutes.


    « Nex... Nexus... ? Nexus. »


Elle le restituait parfaitement, même si elle était désormais plus familière des parents Traïanos que de leur progéniture, qui s'était avéré être un bon compagnon d'enfance. Elle regretta de l'avoir jugé. Certes, les gens changent et évoluent pas toujours en bien, mais Bianca espérait retrouver dans cet homme le petit garçon avec qui les offices passaient plus vite et plus agréablement.
C'était dommage d'avoir perdu le contact avec lui, il avait coupé les liens Notre-Dame-Des-Vertus. Ce n'était pas un comportement étrange ou anormal, une large portion des fidèles s'était détournée de la tradition - à vrai dire c'était Bianca qui détonnait le plus de par sa fréquentation malheureusement assidûe.

Bianca avait eu des échos par ses parents des agissements du "fils Traïanos". La jeune fille ne prêtait qu'une oreille distraite à ce genre de racontars, ça ne l'intéressait que très peu et les plaintes de parents déçus avaient le don de l'énerver... en plus du fait que ses propres parents semblaient jouir de plaisir en déversant leurs commentaires désobligeants. Ils avaient tendance à mettre l'absence de foi de Nexus sur le compte d'une éducation "qui se laissait aller", alors qu'en face des individus concernés, tout ne se résumait qu'en masques de sourires travaillés pour paraitre naturels et de compliments.  


    « Ca me fait plaisir de te voir. »


Elle était honnête, mais sa voix était de nouveau mal assurée, pour une obscure raison. Que devait-elle faire ? Rien ? L'embrasser sur les deux joues ? Lui faire un câlin "spontané" - comme dans les cérémonies de remise de récompenses, durant lesquelles tout le monde jalouse tout le monde, mais où il est de bon ton de se serrer dans les bras pour ne pas détonner sur les photographies.
Elle opta pour cette dernière option, mais eu l'air un peu maladroite. Elle le prit dans ses bras sans trop savoir que faire avec ses mains. Elle les posa à peine contre son dos.


    « Désolée de ne pas t'avoir reconnu. Tu peux pas savoir comme tout est mille fois plus chiant sans toi. »


Elle compta précisément sept secondes, le temps parfait entre trop court et trop long, avant de déserter son étreinte.


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MessageSujet: Re: Hallelujah ◊ Nexus&Bianca   Sam 14 Mar - 20:27



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Elle semblait fouiller très loin dans le vaste labyrinthe de ses souvenirs mais rien ne venait. Il cru, un instant, qu'elle l'avait bel et bien oublié et cette idée éveilla chez lui une pointe de tristesse étrange et incongrue. Après tout, les amis perdu, il ne les comptait plus mais il avait espéré que Bianca Dowes, la petite fille sage des longs dimanches en enfer, ne ferait jamais partie de ce lot de cadavres d'enfance.
Les sermons dominicaux forgeaient des liens plus solides que les chaînes des titans enfermés dans les limbes du Tartare. C'est pourquoi, alors même qu'il avait pu lire dans les yeux de l'adolescente qu'elle allait donner sa langue au chat, elle éructa son nom. D'abord comme un murmure incertain puis comme un cri glorieux d'une victoire fière. « Nex... Nexus... ? Nexus. » Il lui adressa un nouveau clin d'oeil, assorti à son plus beau sourire, heureux de voir qu'elle se rappelait de lui.

« Ça me fait plaisir de te voir. » Il arqua cette fois un sourcil narquois, ayant perçu l'hésitation au fond de sa voix. Des années avaient passé depuis leur dernière rencontre et ils n'étaient alors que des enfants, parfaitement innocents des us et coutumes de salutation entre adultes. Dans les images émanant de ses souvenirs, les parents de Bianca étaient deux bigots plutôt stricts et très à cheval sur les convenances, plus encore sur les apparences. Peut-être avait-elle trop grandit dans cet étouffoir de Mouche ton nez, dis bonjour à la dame, tiens toi droite ou encore Ne parle pas aux inconnus, ne t'approche pas des artistes, ils sont l'instrument du diable. Nexus fut cependant surpris lorsqu'elle se pencha vers lui pour l'enlacer. Deux enfants dans des postures guindées d'adulte en devenir, deux innocents ayant grandit trop vite, désormais piégés par les connaissances d'un monde plus terne, plus gris, plus triste. L'artiste bohème ferma machinalement les bras autour du corps de Bianca et la laissa faire, le temps d'une seconde. Un instant, figé et pourtant mobile. Puis ce fut terminé, alors que l'écho de sa voix résonnait encore « Désolée de ne pas t'avoir reconnu. Tu peux pas savoir comme tout est mille fois plus chiant sans toi. » Perplexe, un peu désorienté par ce câlin imprévu, Nexus lui adressa un petit sourire mais ne répondit pas tout de suite.

Un bruit d'aile lui fit lever le nez vers les cimes de la cathédrale et il admira une seconde l'envol d'un essaim de pigeons. Il demanda, une seconde, ce qui avait bien pu troubler le sommeil de ces volatiles urbains. Il enviait les oiseaux, d'une manière générale. Si libres et légers, à peine embêtés par la météo plutôt gracieuse de la belle Grèce. Le battement des ailes outrés des oiseaux de la ville lui fit penser à une chanson française qu'il avait une fois entendu. Une chanteuse espagnole qui maîtrisait plutôt bien la langue de Molière et qui racontait l'histoire d'une femme avec une femme. Des gestes cachés, un amour secret dissimulé en amitié. Une belle tragédie, à une époque où c'était encore tabou, choquant, anormal et condamnable.
D'une voix rêveuse, un peu rauque, il chantonna doucement « Qui arrête, les colombes, en plein vol ... » En ramenant son attention sur Bianca, il lui adressa un sourire et murmura « Pardon, un souvenir qui revient. Comme une ritournelle ... » Un nouveau sourire étira ses lèvres. Il avait été trop bercé de dessin animés dans sa jeunesse, de romans épiques, de classiques tragiques, de musique hétéroclites. Il retrouvait des références à chaque mot ou presque, un rien déclenchait une mélodie, le rythme d'un poème, l'envie de lire ou d'écrire, de peindre surtout.

Avec une franchise véritable, il répondit enfin « Moi aussi, je suis content de te voir. Il faut dire que ça fait un bail ... » Il fronça soudain les sourcils et s'exclama « Mais dis donc ... Tu vas toujours à la messe ? » Il n'y avait pas songé, en voyant Bianca sortir de l'église. A vrai dire, cela ne l'avait pas choqué plus que ça sur le coup, étant donné le genre de famille dans laquelle elle avait évolué mais il aurait pensé qu'à son âge, elle se serait libérée de ce joug dogmatique et étouffant.  

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Hallelujah ◊ Nexus&Bianca

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