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 ♔ Correspondances d'une déglinguée ♔

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MessageSujet: ♔ Correspondances d'une déglinguée ♔   Mer 4 Fév - 23:18

♔ Correspondances d'une déglinguée ♔

I hate the world today. You're so good to me, I know but I can't change.
Tried to tell you but you look at me like maybe I'm an angel underneath :
Innocent and sweet.
Yesterday I cried, you must have been relieved to see the softer side.
I can understand how you'd be so confused, I don't envy you.
I'm a little bit of everything, all rolled into one.


?,

C'est le Dr Sakarov qui a insisté pour que j'écrive ce journal - en me jurant au moins une demi-douzaine de fois qu'il ne le lirait jamais. "Ce n'est qu'à intérêt thérapeutique" avait-il ajouté, avant de préciser que je devrai lui apporter à chaque séance en guise de preuve, pour qu'il puisse juger mon investissement dans ce qu'il appelle "ma guérison". Honnêtement, pour que je puisse guérir, faut-il déjà que je sois malade. Mais cette question ne semble pas importer, tout le monde a l'air d'avoir intégré le fait que j'étais simplement brisée quelque part dans ma cervelle, et que parler pendant une heure allait colmater le tout. Je ne vois pas trop l'intérêt de ce journal, mais ça avait l'air de tenir à coeur à Sakarov.

Je présume que c'est le même principe que les journaux intimes des gamines de huit-douze ans, qui relatent en mille fautes d'orthographe leur béguin pour le voisin et les disputes entre copines. Je lui ai quand même demandé ce que je devais écrire, et il m'a répondu "Ce que tu veux". Les gens font vraiment des études compliquées pour répondre des aberrations pareilles ? Il m'a ensuite expliqué que, oui, au début j'allais devoir me forcer, mais qu'au final ça allait venir tout seul. Comme lorsqu'on écrit à un ami. Ou quand on fait de l'écriture automatique. D'ailleurs je devrais essayer ça, l'écriture automatique. Parait qu'on peut entrer en contact avec des esprits en faisant ça, ça pourrait être intéressant. Je verrai bien.

Un journal se doit d'avoir un nom, n'est-ce pas ? Du moins, c'est ce qui semble écrit dans les règles tacites des journaux intimes. C'est le même délire que les amis imaginaire je présume. J'ai écris un gros point d'interrogation, car je n'avais pas vraiment réfléchi à la question. J'en viens à penser que donner un nom à du papier, c'est un peu idiot. Le "Chère Kitty" d'Anne Franck ne doit pas, à mon avis, imposer la nomination systématique des journaux, hum ? A la rigueur, je pourrai entamer chaque nouvelle page avec la mention "Cher papier" ou "Petite page adorée", mais franchement, ce n'est pas du meilleur effet. 

Il m'est venue une idée. Je suis en train de lire Lady Susan de Jane Austen (j'ai honte de l'avouer, mais je dois être l'une des rares personnes à aimer cette bonne femme qu'est Lady Susan. J'ignore pourquoi, j'éprouve une certaine satisfaction dûe au fait qu'elle soit tyrannique et carrément machiavélique). Lady Susan est un roman épistolaire, au même titre que Dangerous Liaisons, que je n'ai pas su terminer. C'est bien simple, je l'ai jeté dans la cheminée et j'ai regardé les pages brûler lentement et noircir, effaçant les horreurs qu'elles contenaient. Le vicomte de Valmont, lui, me sort par tous les trous - sans vulgarité. Il se fait pratiquement toutes les femmes possibles, je trouve ça révoltant. Mais bref, ce sont deux romans épistolaires comme je viens de le dire, et je trouve le principe beaucoup plus intéressant que celui d'écrire à destination unique de papier indifférent.

Je sais pas si Sakarov sera d'accord avec le fait que j'envoie mes récits à des inconnus, même en prenant soin de changer les noms des intervenants. Au fond, je suis persuadée qu'il n'a pas totalement ôté l'idée de lire mes... bavardages un jour ou l'autre. Enfin soit.

L'idée reste là : j'écrirai à des gens, je ne sais pas encore qui. Peut-être Beyoncé ou Clint Eastwood, voire même Kim Kardashian. Des gens qui ignorent qui je suis, qui se moquent de savoir si j'ai un rhume ou si je vais bien, voire même si j'existe tout simplement. Mais au moins, j'aurai une représentation mentale d'un interlocuteur concret. Et je pense que ça me bloquera moins. Après tout, quand on était petit et qu'on voulait écrire une lettre à la chanteuse pour pré-teenagers du moment, on racontait sa vie, en dessinant pleins de coeurs et en tutoyant cette parfaite inconnue. Heureusement pour notre réputation, nos parents n'envoyaient jamais ces lettres. Pour pas gaspiller de timbres. De toute façon, notre idole temporaire ne nous aurait jamais répondu. Sale pouf. Bref.

Cette première page s'appellera l'INTRODUCTION, car à par poser les bases de ce journal, je ne dis rien de bien essentiel (même si Sakarov serait encore capable de repérer l'un ou l'autre élément crucial pour ma ""guérison"").

Sur ce, bonne nuit.
Même si c'est un peu louche de dire "bonne nuit", étant donné que je ne m'adresse encore à personne... Hum.
Disons que je me le souhaite à moi-même, tant pis si j'ai l'air autocentrée. Après tout, personne n'est censé lire ces lignes...
DR. SAKAROV SI VOUS ETES EN TRAIN DE LIRE, A QUELQUE MOMENT QUE CE SOIT, CE CARNET, REPOSEZ-LE IMMEDIATEMENT. MERCI. 
(On est jamais trop prudent)

Cordialement,
Bianca Dowes

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MessageSujet: Re: ♔ Correspondances d'une déglinguée ♔   Jeu 5 Fév - 22:49
Chère Kate Winslet,

Il me semblait naturel et logique de commencer mes lettres par toi. Pourquoi ? Hé bien, Kate, tu es en quelque sorte l'alpha de mon problème (mais je doute fort que tu en sois l'omega). C'est à cause de toi que mes parents ont commencé à se douter de quelque chose. Je sais que ça aurait très bien pu être à cause de quelqu'un de totalement différent, je ne sais pas, par exemple... Brad Pitt. (Je ne me focalise pas sur cet homme, sache-le, mais il me vient toujours à l'esprit lorsque je dois trouver un exemple pour illustrer mes propos. Il doit avoir atteint un tel niveau de célébrité qu'il est devenu une référence, au même titre que "Where is Bryan ? Bryan is in the kitchen").

Je t'avoue franchement que ta carrière m'importe peu. Je ne saurai à vrai dire même pas citer trois films marquants de ta filmographie. A part Raison et sentiments... et Titanic, évidemment. J'ai entendu dire que tu avais avoué détester ce film désormais, malgré tout ce que tu lui dois professionnellement et - plus important - économiquement. Je n'aime pas ce film non plus, mais peut-être pas pour les mêmes raisons que toi.

Tu y critiques ta performance. Si être nommée dans la catégorie "meilleure actrice" aux Oscars et aux Golden Globes (pour ne citer que les compétitions les plus importantes parmi toutes celles qui t'ont impliquée pour ce rôle) ne te suffit pas, je crois que tu es un cas désespéré. Cela doit être frustrant, avoir tous ces prix pour un film qu'on débecte à présent. Le plus drôle reste toutes ces manoeuvres que tu as entreprises pour obtenir ce rôle, presque du harcèlement selon moi. Envoyer une rose à James Cameron, très subtil... Et encore c'est le comportement le moins flippant. Si ça avait été moi le réalisateur, je ne t'aurai jamais prise pour le rôle, malgré ton talent. Et certes, le film n'aurait peut-être pas connu le même destin. Tu devais avoir l'air drôlement inquiétante, voire tarée (Bienvenue au club). Mais j'apprécie ça dans cette histoire, ta détermination. Tu t'en fichais de savoir ce que pensait Cameron lorsqu'il recevait tes lettres quasi-quotidiennes, ou tes coups de fil revendicateurs. Tu voulais ce rôle, tu l'as eu. Respect.

Non, pour moi ce n'est pas ton interprétation qui me dérange, c'est le scénario. Chose problématique, me diras-tu, étant donné que ça représente une part importante de l'intérêt que l'on porte à un film. Je ne veux pas dire que tout est bon à jeter, j'ai beaucoup aimé le fait que le bateau coule à la fin par exemple. Mais toute cette histoire d'amour, et ce qui tourne autour, ça pue.

Déjà, comment Rose peut-elle accepter d'épouser Caledon juste pour sortir du gouffre financier cette vieille bourgeoise totalement méprisante qui lui sert de mère ? Quelle mère infâme aussi peut pousser sa fille à un mariage non désiré juste pour continuer à se payer des croisières de luxes et des tailleurs de créateurs ? Le suicide était-il la seule issue ? Non. Il y aurait eu des moyens de combattre cette décision ou, peut-être plus risqué du point de vue juridique, de se débarrasser du riche époux avant qu'il ne t'engrosse.
Heureusement, comme la vie est bien faite, Rose est sauvée par... l'homme de sa vie. Sur les milliers de passagers, bien sûr, elle trouve son âme-soeur avec une facilité déconcertante; d'autant plus que Jack n'était même pas censé être à bord. Le monde est bien foutu dis-moi. Mais passons.

Il se passe ensuite des tas de choses : la croisière s'amuse en dîners et fêtes, "Draw me like your french girls" (nue sinon ce n'est pas drôle), la scène d'amour dans la cale du navire (ça a du inspirer pas mal de fantasmes), la collision, l'enfermement de Jack, sa libération, Caledon qui veut le buter, etc. Entre autres morceaux choisis.

ET PUIS LA SCENE POLÉMIQUE : Rose sur son radeau de fortune, Jack à la mer. Désolée, mais on parle bien d'un homme qui se laisse mourir dans une eau à -10°C au moins juste pour sauver une gonzesse qui, de toute manière, voulait mourir au début ? Déjà un homme qui se mouille (jeu de mot) pour une femme, c'est rare... alors se laisser mourir ? Crédibilité zéro. On voit bien comment se comporte ce bâtard de Caledon, hum, ça étaye bien ma théorie. Normalement, c'est toujours la femme qui trinque. Sauf exceptions, il faut bien le souligner.

Je n'ai pas trouvé cette scène crédible, mais elle m'a fait pleurer. J'ai ressenti une tonne de sentiments contradictoires... jalousie, colère, soulagement, tristesse... réconfort ?!, et d'autres émotions qui n'étaient, à mon avis, pas censées être ressenties à ce moment-là du film. Ne pouvant supporter davantage ce bouillon émotionnel, j'ai cassé notre écran plat. Tant pis.

Je n'ai pas vu la fin, mais j'ai été lire des résumés sur Internet. Je sais que Rose jette son collier à la mer, sans penser une seconde que le vendre lui aurait permis de vivre confortablement ou, si elle désirait une vie simple, d'améliorer le quotidien d'enfants désoeuvrés ou ne bénéficiant d'aucun encadrement scolaire. Mais non, madame Rose l'autocentrée privilégie son drama personnel.

Et évidemment, à la fin, elle retrouve son Jack en rêve. Ou dans l'au-delà, je n'ai pas tout capté dans ce que j'ai lu. Je comprends ça, ça ne doit pas être évident de tourner la page. Je comprends que des femmes deviennent folles lorsqu'elles perdent leur amour, ou pire, lorsqu'elles sont trahies par l'être qui comptaient le plus pour elles.
Marianne, dans Raison et Sentiments, a aussi à faire à un enfoiré de première, qui la quitte pour épouser une riche héritière. Encore une preuve, s'il en fallait une, que les hommes ne sont intéressés que par ce qu'on a à leur offrir. Bref, elle, elle est dévastée, c'est compréhensible, mais elle arrive à passer au-dessus et à reprendre goût à la vie, à devenir vraiment heureuse (encore dans les bras d'un homme, mais ce ne sont sûrement pas tous de mauvais bougres... et c'est de la fiction aussi). Je l'admire pour ça. Elle n'est pas restée focalisée sur un passé qu'elle regrette.

Ceci dit, je critique Rose pour son attachement mais j'ignore dans quelle mesure je ne serai, moi non plus, pas dévouée toute ma vie à un seul et unique homme, même s'il me jette un beau jour.


Je disais au début de cette lettre que ce qui m'arrivait s'était déclenché de ta faute (certes j'exagère), même si à juste titre j'aurai pu également accuser Leonardo Di Caprio. Mais vois-tu, j'ai plus d'affinités avec toi. De femme à femme. Tu as dis à James Cameron que tu étais Rose, je pense que tu te dégrades. Aucune femme ne mérite d'être aussi insipide que ce personnage.
Tu as du charisme, je suis sûre que tu as plus de relief qu'elle.
J'espère en avoir moi, du relief, malgré que mes parents semblent avoir toujours tout fait pour me débarrasser de mes aspérités. Peut-être que je devrai te remercier d'avoir mis le feu aux poudres à ma "maladie", ça leur a fait comprendre que je n'étais pas tout à fait "équilibrée". Dommage qu'un écran plat est mort pour cette cause. J'adore voir leur mine déconfite lorsqu'ils constatent que j'échappe à leur contrôle au moment où ils voudraient que tout soit bien en ordre et rangé dans ma tête.

Tout comme Rose qui envie Jack pour sa liberté et son manque d'attache, je rêve d'être un oiseau sans cage... et c'est bien là un des rares points communs que je partage avec elle.

Tendrement,
Bianca


P.S. : Je ne t'accuse pas vraiment, je sais que c'est absurde... c'est juste que je suis comme une inspectrice de police : il me faut toujours un responsable.

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